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NOTE (Partie I)

LA NATIONAL SECURITY STRATEGY AMERICAINE 2025

Par Michel Makinsky,

 Directeur Général  Ageromys International, chercheur associé à l’Institut de Prospective et de Sécurité en Europe (IPSE) et à l’Institut d’Etudes de Géopolitique Appliquée (IEGA)

 

Index de la Note (Partie I)

LA NATIONAL SECURITY STRATEGY AMERICAINE 2025 (Partie I)

1. Objectifs prioritaires
2. L’Amérique dans le monde et ce qu’elle en attend : ce que Washington veut
3. Quels moyens au service d’une stratégie ?
4. La Stratégie
     1. Les principes 
     2. Les priorités
     3.  Les régions
             A)
 l’Hémisphère Occidental (priorité n°1)

LA NATIONAL SECURITY STRATEGY AMERICAINE 2025 (Partie II)

LA NATIONAL SECURITY STRATEGY AMERICAINE 2025 (Partie III)

LA NATIONAL SECURITY STRATEGY AMERICAINE 2025 (Partie IV)

LA NATIONAL SECURITY STRATEGY AMERICAINE 2025 (Partie V et fin)

 

********

 

La National Security Strategy 2025 des États-Unis vient d’être publiée[1]. Elle porte lourdement l’empreinte de Donald Trump qui l’a préfacée. Des inflexions significatives ont été apportées aux orientations de la précédente version. Les autocongratulations du président américain, qui se vante d’énormes succès, doivent être prises avec les réserves d’usage.

De nombreuses analyses rapides ont déjà été publiées sur cette doctrine renouvelée. Nous proposons ci-après un commentaire précis de son contenu en suivant l’ordre de ses développements au-delà des synthèses générales (utiles mais à compléter).  Cette approche déroulée au long de la totalité du texte paraîtra fastidieuse d’autant que celui-ci est pétri de répétitions qui obligent le lecteur à revenir sur des points déjà évoqués. Mais la rédaction (peu orthodoxe : injonctions politiques mêlées aux postures stratégiques) de cette Stratégie exige que l’on explique les différentes positions avancées pour tenter d’en évaluer la portée et la cohérence. C’est ce que nous allons présenter ci-après.

                                                                    

********

 

1. Objectifs prioritaires :

En reprenant l’examen d’ensemble de ce document, nous notons plusieurs points dans les objectifs prioritaires énoncés en tête de cette National Security Strategy 2025 au nom de AMERICA FIRST (véritable boussole).

* La priorité pour Trump d’assurer la sécurité du pays suppose non seulement de prévenir les attaques hostiles, mais aussi le trafic de drogue et des êtres humains, les influences étrangères, les pratiques commerciales destructrices (= concurrence agressive !), mais aussi la « subversion culturelle ». Cette expression désigne-t-elle des périls comme le wokisme, ce qui confirme l’existence d’un ‘front intérieur’ mis en avant par Pete Hegseth lors de son adresse aux officiers supérieurs de l’armée[2] ? On peut penser que la dimension extérieure de cette menace est que son origine serait une pollution intellectuelle venue de l’étranger. La lutte contre l’immigration placée au même niveau de priorité va dans le même sens.

* De façon paradoxale, la stratégie nationale prévoit parmi les priorités de doter le pays d’infras- tructures à même de le protéger contre les catastrophes naturelles, ce qu’on ne peut qu’approuver. Or Trump n’a cessé de dénoncer le réchauffement climatique comme une « arnaque ». Ces deux positions sont incohérentes par un refus de traiter le problème à la source. Donc cette proposition a probablement un but électoraliste pour tenter de calmer une population mécontente.

* La protection du pays passe par un réarmement qui suppose le renforcement de la base industrielle de défense (et civile). On mesure là la prégnance du complexe militaro-industriel. Le fait de mention- ner la modernisation de la dissuasion nucléaire et des missiles (Le futur Gold Globe est mis en avant) en est l’illustration.

* Fidèle à une des obsessions trumpiennes (on se souvient du slogan ‘drill, baby, drill’) le texte prescrit une vigoureuse modernisation du secteur énergétique incité à exporter. On comprend que les exportations d’hydrocarbures sont un des leviers de la puissance américaine y compris à l’égard des saoudiens comme des russes. Il ne fait pas allusion aux énormes besoins d’énergie qui découleront des investissements considérables alloués à l’intelligence artificielle, en particulier les data centers.

* En réaffirmant l’importance essentielle d’une économie forte, et la nécessité de la supériorité technologique, ce texte entend dissiper l’inquiétude de l’électorat mécontent de la dégradation des conditions de vie des catégories modestes et moyennes, et celles des investisseurs préoccupés par l’incohérence de la politique économique (notamment tarifaire) de Trump. Le rappel de l’enjeu de la protection de la propriété intellectuelle vise les pratiques de pillage de la Chine (un des sujets de contentieux des occidentaux avec Pékin).

* Par ailleurs il est intéressant de noter l’importance accordée au soft power américain.

* L’exhortation à cultiver les valeurs spirituelles américaines reflète l’influence de Vance ardent pourfendeur du wokisme, thème où il est bien suivi par Trump.

 

2. L’Amérique dans le monde et ce qu’elle en attend : ce que Washington veut (politique volontariste)

* A noter : la première zone considérée est « l’Hémisphère occidental », à savoir les pays du continent américain (Nord et Sud). Le document les enjoint d’être ‘raisonnablement stables ‘ et bien gouvernés. (N’imaginons pas que c’est un appel à la démocratie et au respect du droit et des individus). En précisant que ceci a pour but d’empêcher et prévenir la migration de masse aux États-Unis, et en exigeant des gouvernants qu’ils coopèrent contre les ‘narcoterroristes’, cartels et ‘autres organisations criminelles transnationales’, ce texte affiche que cet objectif répété ad nauseam dans le discours politique de Trump et des soutiens MAGA est une priorité qui surpasse toutes les autres. La raison évidente est qu’elle est un enjeu électoral majeur au fur et à mesure qu’approche l’échéance des midterms. Aux pressions exercées contre le Canada et le Mexique voisins succèdent à présent les actions armées contre les trafiquants de drogue en mer, les menaces contre le Vénézuéla, la Colombie, etc. La stratégie est déjà appliquée avec une brutalité sans précédent (au mépris du droit international) avant même que d’avoir été publiée.  Un autre objectif concerne cette zone. Il vise sans la nommer la Chine. Le texte proclame que cet Hémisphère doit être exempt d’incursion ou de possession de biens critiques. L’allusion est transparente : les pays de la région ne doivent pas laisser la Chine s’implanter d’une façon ou d’une autre, comme elle l’a fait au Canal de Panama. Ils doivent préserver les chaînes d’approvisionnement critiques et Washington veut qu’ils garantissent le libre- accès aux sites stratégiques majeurs.

A cette occasion, la stratégie américaine se prévaut d’un ‘Corrolaire Trump’ à la Doctrine Monroe (laquelle énonce le principe de non-intervention à l’égard d’autres États). Cette doctrine, qui a été souvent contredite dans l’Histoire, comme périodiquement au Moyen-Orient, est un des axes de la politique extérieure américaine, qui entre périodiquement en conflit avec le principe d’intervention au nom des intérêts américains ou de la sécurité américaine, de ceux des alliés ou pour contrer un adversaire (Vietnam...). Aujourd’hui, les supporteurs de Trump sont divisés sur ce point entre ‘croisés dans le combat contre le mal’ et non interventionnistes qui donnent priorité aux objectifs intérieurs. Il n’est pas donné de définition à ce ‘Corrolaire’ si ce n’est que par-là Trump s’octroie des exceptions (corrolaires) à la doctrine Monroe quand il recourt à la force et les menaces au nom de sa vision de la sécurité. Les tirs contre des embarcations et leurs occupants en mer des Caraïbes relèvent sans doute de ce curieux ‘Corrolaire’. Une excuse pour s’affranchir des règles de droit à l’extérieur comme ceci se pratique déjà sur le territoire national.

* Le second objectif formulé de façon un peu confuse cible notoirement la Chine sans la nommer. Il faut mettre un terme aux dommages que des ‘acteurs étrangers’ infligent à l’économie américaine tout en préservant l’Indopacifique ‘libre et ouvert’ (vocabulaire connu faisant allusion aux menaces chinoises en mer). En particulier Washington tient à la liberté de navigation sur toutes les routes maritimes (les menaces chinoises dans les détroits régionaux et les actions de navires hostiles en mer de Chine du Sud ainsi que l’installation de bases militaires sur des îles contestées alimentent ces exigences). Il s’agit aussi de conserver des chaînes d’approvisionnement sûres et fiables et l’accès aux matériaux critiques. On devine la volonté de dissuader la Chine d’entraver la circulation maritime. Il y a peut-être aussi une allusion aux restrictions que Pékin apporte à ces approvisionnements.

* Ce n’est qu’ensuite que le sort de l’Europe est brièvement évoqué. Deux objectifs sont énoncés de façon très générale : soutenir les alliés en « préservant la liberté et la sécurité », ambition qui ressemble à un vœu pieux peu engageant, et qui est assorti de la prescription moralisatrice qu’avait lancé Vance à Munich : restaurer la confiance en soi européenne et l’identité Occidentale.

* L’avant-dernière priorité : empêcher une puissance adverse de dominer le Moyen-Orient, ses exportations de pétrole et de gaz, ainsi que leurs points de passage goulets d’étranglement, tout en évitant les « guerres éternelles » qui ont enlisé les États-Unis à grand frais. Cette revendication mêle plusieurs objectifs et désigne clairement l’Iran. Attribuer à l’Iran l’ambition de dominer le Moyen-Orient est étrange, ce mirage ayant été abandonné depuis longtemps par la République Islamique. Il en est de même pour la volonté attribuée à cette dernière de dominer le marché du pétrole et du gaz, ce dont elle est notoirement incapable. L’allusion aux goulets d’étranglement est autre chose. Elle renvoie aux menaces proférées périodiquement par divers responsables militaires iraniens et des ‘durs’ du régime de bloquer la circulation maritime (surtout des tankers) dans le détroit d’Ormuz. L’ambition d’arrêter les guerres est un quasi-refrain typique du discours de Trump qui ne cesse de se présenter comme ‘faiseur de paix’ ayant permis la conclusion de x accords de paix dont plusieurs sont imaginaires. Ce slogan est cohérent avec l’objectif d’un demi- désengagement consistant à presser les ‘alliés’ à assumer eux-mêmes leur défense en échange d’importantes fournitures d’arme- ment et d’une assistance ponctuelle. Ce slogan s’adresse aussi à l’électorat républicain en vue des midterms.

* L’ultime priorité n’est malgré son rang en rien secondaire. Elle n’est pas vraiment un enjeu de sécurité mais l’affirmation sans détour d’une volonté de domination non militaire. Il est proclamé sans détours que les États-Unis veulent diriger le monde grâce à la technologie et aux standards américains. Cette concision a le mérite de la clarté. La dimension sécuritaire n’est pas absente mais pas première. On comprend mieux cet objectif si on le lie à l’énorme défi que pose la compétition chinoise dans ce domaine crucial. Une bataille de titans d’une ampleur inégalée. A titre d’exemple les méga-contrats discutés (précédés de la signature de lettres d’intention) lors de la visite de Trump en Arabie Saoudite, au Qatar, aux Emirats, répondent à la nécessité d’éviter que des accords similaires soient conclus par eux avec Pékin qui courtise ces royautés. Pour mémoire, la Chine consacre des efforts considérables pour imposer ses normes et standards dans maintes activités.

 

3. Quels moyens au service d’une stratégie ?

Cette section se borne à aligner la liste des avantages et qualités qui nourrissent la supériorité économique, scientifique, etc… américaine sans indiquer les axes de politiques qui seront mis en œuvre au service des objectifs énoncés.

 

4. La Stratégie :

1. Les principes

Le document martèle les principaux principes directeurs de sa politique extérieure, dont il donne les définitions que Washington entend imposer.

Ce catalogue est précédé du rappel de l’idée centrale qui les guide : America First dont tout découle et des qualités intrinsèques de cette politique, et surtout de son concepteur : au premier chef, le pragmatisme sans lui vouer un culte, un sens des réalités sans sombrer dans les excès rigoristes, un sens des principes sans tomber dans l’excès idéaliste, un sens de la force sans être faucon, un sens de la retenue sans être ‘colombe’. Rien de bien neuf ici. A cette occasion, le texte (directement inspiré par Trump) célèbre obséquieusement le « Président faiseur de Paix » dont il vante l’obtention d’accords entre le Cambodge et la Thaïlande, le Kosovo et la Serbie, la RDC et le Rwanda, l’Egypte et l’Ethiopie, l’Inde et le Pakistan, l’Arménie et l’Azerbaïdjan …sans oublier le ‘succès’ des Accords d’Abraham « historiques ». Il va jusqu’à prétendre avoir négocié la paix entre l’Iran et Israël ! Sans rougir il affirme qu’il a mis fin à la guerre à Gaza avec le retour de tous les otages vivants….

* Une définition recentrée de l’Intérêt National : au lieu de qualifier toute orientation d’intérêt national le texte invite à le concentrer sur l’essentiel (un essentiel réduit). Cette approche reflète le pragmatisme trumpien en invitant à éviter la dispersion, ce qui permet d’allouer des ressources à bon escient. Sur le papier cette visée est de bon sens. Dans les faits, le locataire de la Maison-Blanche produit souvent l’impression de passer à côté de l’essentiel et surtout bâclant des dossiers qu’il ne suit pas vraiment.

* La paix grâce à la force. A l’évidence, c’est un principe cardinal qui guide Trump : imposer ses choix, ‘solutions’, orientations et changement d’orientations par la coercition, l’intimidation, la menace. Le problème est que parfois ça marche, souvent ça ne marche pas. Un facétieux éditorialiste du Financial Times a affublé Trump d’un sobriquet (qui a enragé l’intéressé) : TACO (Trump Always Chickens Out : Trump se dégonfle toujours)[3]. Ceci se vérifie amplement : quand il a un adversaire plus fort ou plus habile, Trump bat en retraite. On le voit avec Moscou, Pékin, mais aussi avec le Canada, et le Groenland. Ce ne sont pas les seuls exemples.  On peut même ajouter que Trump impose par la force des ‘solutions’ qui ne mènent aucunement à la paix.

* Prédisposition à la Non-Intervention. Cette énonciation au parfum vertueux comporte assurément une part de vérité. L’explication réside pour partie dans le fait que l’électorat de Trump (l’Amérique profonde) accorde une priorité au champ intérieur. On n’y aime pas envoyer les ‘boys’ se faire tuer pour des « alliés » étrangers. Ceci alimente aussi la politique de Trump de demander aux dits alliés de prendre en charge leur propre sécurité (sous-traitants, mais, bien entendu, moyennant de juteux contrats avec l’industrie américaine de défense). Mais ce principe est sérieusement corrigé par le texte (est-ce le ‘Corrolaire’ Trumpien cité plus haut ?) qui affirme sèchement que cette non-intervention est impossible pour un pays comme les États-Unis, même si ce principe compense celui d’une juste intervention. En clair, il autorise des exceptions à la règle !

* Réalisme flexible. Cette règle est un des traits principaux de la vision et de la praxis de Trump. Les scrupules démocratiques passent au second plan quand il s’agit de faire des deals, en particulier commerciaux.

* Primauté des Nations. C’est assurément un des axes clairs de la politique trumpienne. Le président américain hait le multilatéralisme, les organisations internationales. Il estime que celles-ci sont souvent inutiles, voire nuisibles, et de toute façon nuisent à sa liberté de manœuvre. Il s’emploie systématiquement à contourner les structures multilatérales. L’exemple évident est le traitement humiliant infligé à l’Union européenne qu’il méprise, ignore et marginalise au profit de négocia- tions bilatérales , tirant profit de divisions et d’un rapport de forces qui lui est plus favorable. Le texte dit crûment : l’Amérique fait passer son intérêt avant tout autre, et invite les autres nations à … faire de même.

* Souveraineté et respect. Dans cette rubrique, sont réaffirmées la hantise du multilatéralisme, la prétention de certains pays d’entraver la liberté de parole de l’Amérique et de ses citoyens, la lutte contre les opérations d’influence qui visent à affecter la politique américaine[4], voire à entraîner le pays dans des conflits. Derrière ce grief, bien des États peuvent se sentir visés. De même est dénoncée la manipulation des immigrés pour peser sur la politique américaine. On retrouve ici un refrain MAGA : les immigrés sont des agents de l’étranger !

* Équilibre des forces. Dans un langage prudent, le texte commence par dire que l’Amérique ne laissera pas un pays atteindre un tel niveau de puissance qu’il menace ses intérêts. On ne voit pas d’autre candidat que la Chine pour correspondre à cette désignation. Vertueusement (et un peu contradictoire avec ses autres énonciations) le texte clame que l’Amérique rejette pour elle-même le concept de domination globale. Il précise qu’il ne s’agit pas de réduire l’influence des autres puissances grandes et moyennes mais la domination excessive de certaines nations « plus grandes, plus riches, et plus fortes » contraint l’Amérique à travailler avec des partenaires pour contenir ces ambitions menaçantes. On reconnaît sans peine la Chine dans ce portrait peu voilé.

* Une politique extérieure « PRO TRAVAILLEURS ». Sous ce vocable au parfum électoraliste évident est clamé un slogan affirmant que la politique (extérieure ???) américaine donne priorité aux travailleurs. On se demande ce que ceci vient faire dans ce document. Le texte insiste : la reconstruction de l’industrie vise à procurer à tous une prospérité qui ne sera pas réservée « au bas de l’échelle ». Ceci est à relier aux vantardises périodiques de Trump sur les milliers d’emplois qu’il va créer. Ceci au moment où les sondages indiquent un désenchantement de la population inquiète à la fois de l’inflation et de l’augmentation du chômage. L’alibi de l’emploi a souvent été utilisé pour brandir des barrières contre ceux (en particulier mais pas que la Chine) qui détruisent ‘nos emplois’.

* Équité : L’Amérique ne tolérera plus, tant pour ses alliances militaires que pour ses relations commerciales d’être traitée de façon inéquitable. Plus spécifiquement elle ne tolérera plus les déséquilibres commerciaux, ni les pratiques commerciales ‘prédatrices’ et tout ce qui la désavantage. Ceci est décrit comme une injustice face à la ‘bonne-volonté’ américaine. Les États alliés sont spécifiquement visés, et singulièrement l’Europe (non citée mais identifiable) sommée de dépenser beaucoup plus pour sa défense. On retrouve là la justification de la guerre tarifaire associée à l’injonction de gonfler les dépenses militaires, qui est infligée sans discontinuer à l’Europe, mais aussi à d’autres alliés. Le texte parle ici d’un « énorme déséquilibre » à redresser par eux.

* Compétence et mérite. Un plaidoyer (banal) pour l’excellence.

 

2. Les priorités

* En tête vient la lutte obsessionnelle contre l’immigration : « L’ère de l’immigration de masse est terminée ». Le contrôle des frontières est une priorité absolue. Le contre-exemple vu dans maints pays génère toutes sortes de dommages. » « La sécurité des frontières est le premier élément de la sécurité nationale ». En dehors d’attribuer à l’immigration la responsabilité de toutes sortes de maux aucune justification documentée n’est produite pour justifier ce qui est un des modes de la politique actuelle d’expulsion des immigrants. Le texte parle d’invasion, mais aussi des menaces causées par le terrorisme, la drogue, l’espionnage et le trafic d’êtres humains. Si les pratiques et méfaits cités sont réels, le texte procède à un amalgame général avec l’arrivée de migrants tenus ainsi pour responsables de tous ces maux (bien réels).

*Protection de la liberté d’expression.  On se demande ce que vient faire cette priorité dans ce document. Il y est d’abord question de freiner le zèle des organes et agences de l’administration qui luttent contre la « radicalisation ». La seule explication valide est d’interpréter ceci comme la volonté de brider les organes fédéraux qui ont, conformément à la loi et la Constitution américaine, lutté contre les factieux parfois violents qui ont soutenu les prétentions les plus violentes, voire illégales de Trump. On pense à la répression contre les groupes et individus qui ont pris d’assaut le Capitole avec les encouragements de Trump pour tenter ce qui ressemble à un coup d’état. De même Washington s’autorise à condamner en Europe ceux (notamment les institutions européennes) qui sanctionnent et blâment les pratiques anti-démocratiques de certains pouvoirs, singulièrement en Hongrie. Ceci ne vaut pas que pour l’Europe, mais est désignée aussi ‘l’Anglosphère’, dont le périmètre n’est pas désigné. Vise-t-on ici le Nigeria et l’Afrique du Sud qui se sont attirés la vindicte du locataire de la Maison-Blanche ?

* Partage du fardeau. Nous retrouvons une revendication devenue classique. Il est rappelé à l’attention des alliés de l’OTAN que Trump a imposé à ces derniers de consacrer 5% du PNB à la défense au sommet de La Haye. Le texte annonce la création d’un « réseau de partage du fardeau » qui serait organisé et soutenu par le gouvernement américain. Nous ignorons ce que ceci signifie. S’agit-il d’un organe de contrôle de ces engagements par Washington ? On peut le penser quand on lit que « cette approche garantit que les fardeaux sont partagés et que tous ces efforts bénéficient de cette plus large légitimité ». Une pression est exercée sur les alliés car le texte prévoit des ‘incitations’ (meilleurs traitements commerciaux, conditions plus favorables pour le partage de technologies, fournitures de matériels militaires) pour les pays qui assumeront plus de responsabilités pour leur défense et aligneront leurs régimes de contrôle d’exportations que ceux des États-Unis.

* La Paix, outil de réorganisation. Le document vante (une fois de plus) l’exemple du « Président faiseur de Paix » dont l’action permet un retour à la stabilité internationale, en renforçant l’influence américaine.

* La sécurité économique. L’enjeu est majeur, le document en décline les principales dimensions :

- Commerce équilibré. On l’a compris, le texte réaffirme la volonté de Trump de réduire le déficit commercial. Ceci ne concerne pas que la Chine, l’Europe ou d’autres pays comme le Canada, voire certains alliés critiques. Rappelons qu’il avait fait procéder à un examen quasi-comptable pays par pays de leur balance commerciale avec l’Amérique et qu’il a déclenché aveuglément des représailles tarifaires y compris contre des pays pauvres.[5] L’incohérence économique de cette méthode confirme sa dimension géopolitique. Par ailleurs, Il met sur le même plan le sort des travailleurs, l’industrie et la sécurité nationale. Les préoccupations électorales ne sont pas loin.

- Préserver l’accès aux chaînes d’approvisionnement et aux matières premières critiques. C’est en effet une authentique priorité stratégique indiscutable. Il est symptomatique que soit brandi l’exemple du président Alexander Hamilton qui visiblement inspire Trump pour son programme industriel et son recours aux droits de douane (modérés).

- Réindustrialisation.  C’est un appel à une sorte de renaissance industrielle.

- Redynamiser la base industrielle de défense. Ceci vaut tant pour l’Amérique que pour ses alliés et partenaires. Cette orientation ne fait que réitérer une instruction déjà publiée par Trump en avril 2025 suivant notamment les orientations d’un rapport de l’Heritage Foundation.[6]

- Rétablir la domination énergétique américaine (pétrole,gaz, charbon, nucléaire). Une énergie abondante et bon-marché pour créer des emplois bien payés, financer l’industrialisation,et favoriser les secteurs porteurs comme l’Intelligence Artificielle, et exporter massivement. Au passage ceci est supposé permettre de diminuer l’influence des adversaires.

- Préserver et accroître la domination financière américaine notamment grâce au digital. Cette priorité est placée à un niveau stratégique, elle est d’une importance majeure[7] pour l’économie américaine et ses répercussions peuvent être lourdes au niveau mondial. A nos yeux, cette orientation connaît une accélération inédite et l’année 2025 marque un tournant à cet égard. Un observateur avisé avertit : « Trump décrète la révolution numérique du dollar pour siphonner l’épargne mondiale ». Il cite David Sacks, conseiller spécial de la Maison-Blanche pour les cryptomonnaies et l’intelligence artificielle : « Les stablecoins peuvent garantir la domination internationale du dollar »[8] et Scott Bessent, secrétaire d’État au Trésor qui veut « utiliser les stablecoins pour renforcer l’hégémonie du dollar ».

 

3. Les régions

Après avoir posé les lignes directrices de la politique de sécurité américaine, le document en décline la concrétisation par région. Le texte commence par énoncer qu’une hiérarchie des priorités régionales est établie en fonction des intérêts stratégiques-clés. Pour notre part, un premier constat s’impose : la Russie non seulement n’est pas en tête des enjeux majeurs mais en fait elle n’est plus un véritable enjeu sécuritaire. Ce fait est un signal de première importance. La première zone d’intérêt prioritaire est l’Hémisphère Occidental, c'est-à-dire l’Amérique du Nord et du Sud, l’environnement proche des États-Unis. En second vient l’Asie, avec l’enjeu chinois ; puis l’Europe, le Moyen-Orient, et enfin l’Afrique. La Russie est intégrée à la problématique de l’Europe mais n’est pas distinguée en tant que telle. Cette hiérarchie en dit long sur la vision stratégique de Trump.

A) l’Hémisphère Occidental (priorité n°1)

La section consacrée au continent nord et sud-américain (= l’extérieur proche) débute par une proclamation paradoxale : l’Amérique entend réaffirmer et renforcer la doctrine Monroe (qui suppose la non-intervention) pour « restaurer la prééminence américaine « dans la zone et protéger l’accès aux différents points de la région.  Il s’agit d’interdire à des adversaires de positionner des forces ou d’autres dispositifs menaçants, ou de posséder/contrôler des implantations critiques. Les implantations chinoises sont visiblement la cible de cette mise en garde. On peut imaginer que des appuis russes ou iraniens dans certains pays d’Amérique du Sud sont aussi concernés. Face à ces risques, le document revendique le recours au ‘corrolaire’ de la Doctrine Monroe, en un mot le droit d’intervenir.[9]Le texte assigne deux objectifs à la stratégie américaine dans cette zone : enrôler, étendre.

-Enrôler. Il s’agit de désigner dans cette zone des ‘champions’ capables de contribuer à la stabilité régionale. Ils aideront à lutter contre l’immigration illégale, neutraliser les cartels, lutter contre les fabrications frontalières (qui posent des problèmes de compétivité de coûts aux industries américaines). Le document encourage au développement des partis et structures démocratiques qui partagent les valeurs et objectifs américains.  Mais cette dernière exigence n’est pas absolue et ne doit pas empêcher de collaborer avec d’autres états qui ne la partagent pas… L’appui accordé à des régimes autoritaires en est la claire illustration.

* Au plan militaire, le document plaide pour un renforcement de la présence navale américaine dans la zone, qu’il s’agisse de la marine ou des garde-côtes avec pour mission de lutte contre l’immigration, contre le trafic d’êtres humains et de stupéfiants, et le contrôle des routes de transit. Il envisage le déploiement de forces pour sécuriser les frontières, avec y compris le recours aux actions léthales. Il prescrit de permettre ou d’accroître l’accès à des points d’une importance stratégique.

* Dans les relations avec les États de la région, le texte donne priorité à ce qu’il appelle « la diplomatie commerciale », qui recouvre en fait le recours coercitif aux droits de douane et ‘accords’ commerciaux réciproques imposés qui sont « des outils puissants ». En clair, avec ces pressions l’Amérique veut inverser les avantages de ces échanges en sa faveur : exporter plus qu’elle n’importe. Ces pays deviendront des marchés attractifs et profitables pour ses exportations et investissements. Autre objectif : sécuriser des chaînes d’approvisionnement dans ces pays et en éliminer les compétiteurs extérieurs. On devine que sont visées notamment les ambitions chinoises sur le continent latino-américain. Dans les relations avec ces partenaires voisins, la vente d’armements comme le partage des renseignements jusqu’aux exercices militaires conjoints ne sont pas oubliés.

- Étendre. Outre l’approfondissement des partenariats existants, il importe d’étendre le réseau dans la région. Celle-ci étant dotée de nombreuses ressources, stratégiques, l’Amérique entend cultiver des relations avec d’autres pays dans cette dernière pour plus de prospérité réciproque. Le National Security Council va s’employer à identifier les points d’intérêt à développer et protéger avec les partenaires régionaux.  Cette orientation est motivée par la présence de concurrents étrangers qui nuisent à l’économie et sont potentiellement dangereux pour la sécurité nationale. Ces concurrents ne sont pas cités nommément mais les efforts chinois d’implantation dans la zone contrarient vivement Washington. Le texte indique clairement que diminuer l’influence chinoise est une priorité stratégique. Le document reconnaît que la proximité idéologique entre certains pays de la région et ces ‘concurrents’ extérieurs ne facilite pas leur mise à l’écart. A défaut de proximité idéologique, les bas coûts de ces compétiteurs extérieurs (chinois !) et leur laxisme en matière de normes leur offrent un avantage. Washington veut persuader ses voisins que ces bas coûts ont bien d’autres inconvénients (coûts cachés) : espionnage, problèmes de cyber sécurité, piège de la dette, etc. Le document invite à promouvoir les avantages de la qualité, mais aussi (surtout) à accélérer les procédures de licences et d’approbations pour que l’Amérique soit retenue comme partenaire n°1. Dans cet esprit les administrations américaines présentes sur place seront mobilisées en coordination étroite avec le secteur privé. Les pays ciblés feront l’objet d’acquisitions et d’investissements stratégiques par des entreprises avec le concours des agences gouvernementales compétentes pour leurs financements. Cette offensive comprend également des dispositions pour s’opposer à des mesures négatives (taxations ciblées, législations déloyales, expropriations) affectant des entreprises américaines. L’Amérique s’emploiera à écarter les entreprises étrangères qui construisent des infrastructures dans la région. S’agit-il seulement des entreprises chinoises ?  Elles sont à coup sûr ciblées. Des groupes iraniens sont susceptibles d’être concernés dans des pays tels que le Vénézuéla. Autrement dit, l’administration Trump veut organiser une « chasse gardée ».

LA NATIONAL SECURITY STRATEGY AMERICAINE 2025 (Partie II) - suite

 


[1] https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf ; consulté le 7 décembre 2025.

[2]  « Le tas de sottises woke  est un problème plus profond et un problème plus important que nous traitons et traitons rapidement », Secretary of War Pete Hegseth Adresses General and Flag Officers at Quantico, Viginia,U.S. Department of War, 30 septembre 2025 ; https://www.war.gov/News/Transcripts/Transcript/Article/4318689/secretary-of-war-pete-hegseth-addresses-general-and-flag-officers-at-quantico-v/.

[3] https://en.wikipedia.org/wiki/Trump_Always_Chickens_Out .

[4] A l’inverse, Trump avait ménagé Poutine et nié les conclusions des rapports de l’administration établissant que la Russie  a  tenté d’influencer les élections américaines : Trump publicly sides with Putin on election interference, Politico, 16 juillet 2018, ce qui ne l’a pas empêché de déclarer qu’il ne l’avait jamais prétendu : https://outsidethebeltway.com/trump-falsely-claims-that-he-never-said-russia-didnt-interfere-in-the-2016-election/ ;consulté le 16 décembre 2025.

[5] Trump a ciblé les pays les plus pauvres avec les tarifs les plus élevés, Le Grand Continent, 3 avril 2025 ; https://legrandcontinent.eu/fr/2025/04/03/trump-a-cible-les-pays-les-plus-pauvres-avec-les-tarifs-les-plus-eleves/ ; consulté le 16 décembre 2025. Sur l’absurdité de la méthode, voir : Camille Boulenguer, Trump et l’arme tarifaire : l’économie au service d’une géopolitique offensive, IRIS, 23 avril 2025 ; https://www.iris-france.org/trump-et-larme-tarifaire-leconomie-au-service-dune-geopolitique-offensive/ ; consulté le 16 décembre 2025.

[6] Executive Order : Modernizing Defense Acquisitions And Spurring Innovation In the Defense Industrial Base, The White House, 9 avril 2025 ; https://www.whitehouse.gov/ presidential-actions/2025/04/modernizing-defense-acquisitions-and-spurring-innovation-in-the-defense-industrial-base/ ; consulté le 16 décembre2025.Et Special Report N°314 : A Strategy to Revitalize the Defense Insustrial Base for the 21st Century, The Heritage Foundation, 5 avril 2025 ; https://www.heritage.org/sites/default/files/2025-04/SR314.pdf .

[7] Dès janvier 2025 D. Trump a publié une instruction pour le renforcement de la domination américaine dans la finance digitale : Strengthening American Leadership in Digital Financial Technology, The Whitehouse, 23 janvier 2025 ; https://www. whitehouse .gov/presidential-actions/2025/01/strengthening-american-leadership-in-digital-financial-technology/ ; consulté le 19 décembre 2025.Voir la remarquable analyse d’Eric Monnet : Cryptomercantilisme : la doctrine économique de Donald Trump, Le Grand Continent, 28 mars 2025 ; https://legrandcontinent.eu/fr/2025/03/18/ cryptomercantilisme-la-doctrine-economique-de-donald-trump/ .

[8] Lire son analyse très éclairante : Jean-Pierre Robin, Trump décrète la révolution numérique du dollar pour siphonner l’épargne mondiale, Le Figaro, 15 décembre 2025.

[9] Ce ‘Corrolaire’ a déjà été utilisé par Trump via des interventions dans la région et des menaces notamment contre le régime Maduro au Vénézuéla sans oublier les opéra- tions maritimes « anti-trafiquants » contraires au droit international qui ont suscité des remous au sein de la marine américaine. Pour une évaluation stratégique de ces interventions, voir Victoria Volat, Intervention militaire des États-Unis en Caraïbe, Note de la FRS N°22/2025, 18 décembre 2025 ; https://frstrategie.org/sites/default/ files/ documents/publications/notes/2025/222025.pdf ; consulté le 19 décembre 2025.Or, via  le volet engagement, les États-Unis pourraient plus utilement agir dans le cadre des instruments existants comme le Traité de Rio, l’Organisation des États Américains (OAS),la résolution 1080, comme le suggère Francisco Lobo (expert en droit interna- tional) dans : The Trump Corollary to the Monroe Doctrine : Crisis or Opportunity, Commentary, Rusi (Royal United Services Institute), 10 décembre 2025 ; https://www.rusi.org/explore-our-research/publications/ commentary/trump-corollary-monroe-doctrine-crisis-or-opportunity ; consulté le 14 décembre 2025. L’hostilité frontale de Trump à l’égard de tout multilatéralisme rend peu probable un recours à ces mécanismes.

 

 

 

 

 

 

 

 

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