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Jean-Marie DEDEYAN
22 avril 2026
Retrouver la puissance par la coopération

Retrouver la puissance par la coopération

L’Europe face au monde des blocs : retrouver la puissance par la coopération

Par Jean-Marie Dedeyan, membre du Conseil d’EuroDéfense-France

L’histoire de l’Europe est faite de puissances, de rivalités, de fractures, mais aussi, plus profondément, d’une lente conquête de l’équilibre. Au lendemain des déchirements du XXᵉ siècle, l’Europe a su inventer une voie singulière, substituer à l’affrontement des souverainetés une pratique inédite de la coopération entre États. Ce choix n’était pas un renoncement à la puissance, mais une autre manière de l’exercer.

Le Général de Gaulle, dans sa vision d’une Europe européenne, appelait déjà à cette indépendance d’esprit : une capacité à exister par soi-même, sans se confondre avec les logiques de domination du moment, ni s’y soumettre.

Face à l’Histoire en marche l’Europe s’interroge

Or, le monde d’aujourd’hui semble s’éloigner de cet héritage. La guerre en Ukraine a marqué le retour de la violence ouverte sur le continent européen. Dans ce conflit, l’Europe a soutenu, aidé, sanctionné ; mais elle a aussi, souvent, semblé dépendre d’initiatives venues d’ailleurs, notamment des États-Unis.

Plus au Sud, dans les tensions du Golfe persique, les dynamiques conflictuelles impulsées par Israël et les États-Unis pour faire face aux menaces sournoises du régime iranien ont, là encore, laissé peu d’espace à une expression européenne autonome.

Ce double constat nourrit une interrogation : l’Europe, qui a régné sur les mers durant cinq siècles grâce aux navigateurs de l’Espagne, du Portugal, des Pays Bas, de la Grande Bretagne et de la France ; l’Europe que les deux guerres mondiales ont affaiblie au siècle dernier, conduisant à la création de la Société des Nations (SDN), puis à celle de l’Organisation des Nations Unies (ONU) pour promouvoir la paix et la coopération ; l’Europe témoin actif de la guerre froide qui a opposé l’Union soviétique et les États-Unis avec des conséquences géopolitiques importantes ; l’Europe est-elle condamnée à n’être plus qu’un acteur secondaire dans un monde structuré par de nouvelles rivalités hégémoniques ?

Pendant des décennies, l’Europe a vécu à l’ombre protectrice de l’Alliance atlantique avec l’idée d’un monde structuré par les normes, les institutions et la puissance occidentales. Ce temps s’achève. Et l’histoire s’est remise en marche en 1979 avec le renversement du Shah en Iran, où la révolution a instauré une république islamique, avec l’invasion soviétique en Afghanistan, avec le lancement des grandes réformes en Chine et avec l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher au Royaume-Uni et de Ronald Reagan aux États-Unis, qui ont marqué un tournant vers le néolibéralisme et la fin de la détente.

Puis la chute du mur de Berlin a entrainé la réunification de l’Allemagne (1990), l’effondrement du bloc communiste en Europe de l’Est, la dissolution de l’URSS (1991), la recomposition des États d’Eurasie et la création d’un espace d’influence international dominé par les États-Unis.

Dix ans plus tard, 4 attentats-suicides islamistes perpétrés le 11 septembre 2001 par Al-Qaida contre des symboles américains font 2977 victimes et des milliers de blessés, marquant un tournant dans l’histoire contemporaine et déclenchant une guerre contre le terrorisme, notamment en Afghanistan et en Irak.

De son côté, la Chine a lancé en 2013 Les Nouvelles Routes de la Soie (BRI) pour relier l’Asie, l’Europe et l’Afrique par des infrastructures terrestres et maritimes afin de stimuler les échanges commerciaux et de conforter son action diplomatique.

Un monde de blocs et de tensions constantes

Le monde cessant d’être organisé par le seul Occident, l’histoire est redevenue multipolaire, conflictuelle et imprévisible. Face à la domination des puissances traditionnelles, plusieurs grands pays ont choisi, il y a déjà vingt ans, de se regrouper au sein des BRICS. Ce rassemblement, où figurent notamment le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, rejoints en 2024 par cinq autres États, traduit une aspiration commune : peser davantage dans les affaires du monde, échapper aux cadres imposés, affirmer une souveraineté collective.

Effectivement, les BRICS représentent désormais plus de la moitié de la population mondiale et 40,4% de la richesse produite dans le monde. Leur rencontre a été conçue non comme une alliance idéologique, mais comme un espace de rééquilibrage où les puissances non occidentales entendent peser sur les normes, les institutions et les routes de la mondialisation pour contrecarrer la dominante occidentale en s'appuyant sur des arrangements stratégiques, commerciaux et financiers.

- La Russie : sous la direction de Vladimir Poutine, cherche à réaffirmer son influence sur l'espace postsoviétique et à jouer un rôle majeur dans les affaires mondiales, notamment en s'opposant à l'OTAN, en soutenant des régimes alliés (comme la Syrie, l'Iran) et en développant ses relations avec plusieurs régimes d’Afrique. Son ministre de la défense a publié en avril une liste de 27 sites industriels produisant des drones pour l’Ukraine (dont onze dans des pays membres de l’OTAN et deux en Israel. L’ex président russe Medvedev a précisé que cette publication « constitue un registre de cibles potentielles et légitimes pour les forces armées russes » (1).

- La Chine : dirigée par Xi Jinping, vise à étendre son influence en Asie-Pacifique et au-delà, son programme "Une Ceinture, Une Route" pour promouvoir la coopération économique et la connectivité avec les pays de l'Eurasie. Elle a conclu des partenariats stratégiques avec des pays comme le Pakistan, l'Iran et la Russie mais demeure prudemment en retrait au Moyen Orient tout en collectant une multitude d’informations utiles sur l’actuel conflit.

- L'Inde, dont le Premier ministre Narendra Modi cherche à renforcer son rôle de leader en Asie du Sud et à contrer l'influence de la Chine dans la région, veille à entretenir des relations avec les grands dirigeants sans s’adosser particulièrement à une puissance. Ses alliances relèvent d’une politique de multi-alignement fonction de ses intérêts

- Le Brésil : a des ambitions de leadership en Amérique latine et cherche à renforcer ses relations avec les pays du continent tout en profitant du conflit du Moyen Orient pour augmenter ses exportations de pétrole vers la Chine.

- L'Afrique du Sud : joue un rôle clé en Afrique subsaharienne et cherche à promouvoir la coopération Sud-Sud.

Les BRICS ont créé une banque de développement pour financer des projets d'infrastructure et promouvoir la coopération économique. Ils ont également créé un système de paiement alternatif pour contourner le système financier occidental. Il convient, cependant, de souligner que les relations entre les BRICS, rejoints le 1er janvier 2024 par l'Égypte, l'Éthiopie, l'Iran, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis puis, ultérieurement, par l'Indonésie (alors que l'Arabie saoudite hésite finalement à entériner son adhésion) sont complexes et peuvent varier en fonction des intérêts nationaux et des circonstances géopolitiques.

- L'Iran, qui a rejoint les BRICS en janvier 2024, bénéficie pour sa part d'appuis de la Russie et de la Chine qui l’aident à contourner les sanctions internationales. L’offensive militaire israélo-américaine lancée le 28 février dernier pour tenter de mettre fin aux projets nucléaires de l’Iran a provoqué d’importants dégâts dans les infrastructures du pays et les multiples tirs de répliques des gardiens de la révolution iraniens ont atteint des infrastructures pétrolières, endommagé des zones de stockage dans les pays riverains (Émirats, Irak et Arabie Saoudite) et quelques implantations militaires dans ces pays.

Ormuz : une clé stratégique ambivalente

L’Iran bloquant de facto les voies de circulation maritime dans le Golfe persique dont le trafic commercial nourrit les trois quarts de son économie et les tentatives de négociations organisées au Pakistan n’ayant pas abouti, les États-Unis ont instauré le 12 avril le blocus naval du détroit d'Ormuz par lequel transite un peu plus de 20% du pétrole et du gaz consommés dans le monde, d’où une envolée des prix qui pèse sur l’économie du monde.

Alors que des centaines de navires sont ainsi empêchés d’acheminer une grande partie du pétrole et du gaz naturel produits par l’Iran, ou d’assurer l’acheminement de dizaines de milliers de containers vers les différents ports des deux rives du Golfe (2), ce blocage constitue une menace pour les intérêts économiques des pays impliqués dans le conflit, mais aussi pour ceux de la Russie, qui soutient discrètement les projets nucléaires de l’Iran et à laquelle l’Iran fournit différents matériels utilisés contre l’Ukraine, notamment des drones.

Il perturbe aussi ceux de la Chine fortement importatrice du pétrole de la région où elle maintient des canaux commerciaux et financiers alternatifs. Selon le Financial Times, l’Iran a pu recourir aux images d’un satellite civil chinois pour surveiller les mouvements militaires et mieux cibler les installations des bases américaines situées en Arabie Saoudite et dans les Émirats.

Décidé après l'échec des négociations irano-américaines au Pakistan, le blocus américain a, peu après, interdit la circulation dans le détroit des « navires de toutes nationalités entrant ou sortant des ports et zones côtières iraniens » mais pas celle des bâtiments qui ne seraient pas en provenance ou à destination de l’Iran. La mesure soulève des interrogations militaires, diplomatiques et juridiques.

Son annonce n’a pas manqué de provoquer une réaction de Pékin qui estime que le processus ne saurait s’appliquer à ses navires et dont le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a estimé qu'il s'agit d'un "comportement dangereux et irresponsable" de la part des États-Unis.

Cependant, face à son rival américain, la Chine reste en retrait mais œuvre discrètement en puissance d’équilibre et se prépare à recevoir le président Trump pour une visite officielle repoussée à la mi-mai du fait de la guerre.

- L’Arabie Saoudite et les différents Émirats du Golfe se retrouvent impliqués dans le conflit par la succession d’attaques de drones et de missiles iraniens visant leurs capacités de traitement, de stockage et d’acheminement d’hydrocarbures ou des installations de dessalement indispensables à l’alimentation en eau dans cette région où la température est généralement assez élevée. Différents projets sont d’ores et déjà en cours d’études pour concevoir des voies alternatives d’acheminement du pétrole et du gaz en évitant le passage par le détroit d’Ormuz. Pour relier de nouvelles infrastructures de traitement et de stockage à une route maritime praticable, certains envisagent un acheminement par la Mer Rouge et le détroit de Bal El-Mandeb, l’autre passage stratégique dans le Golfe d’Aden séparant Djibouti et l’Érythrée, en Afrique, du Yémen, sur la péninsule arabique. Mais ce détroit est lui aussi exposé en raison des attaques armées des rebelles houthis, eux aussi soutenus par l’Iran.

- La Turquie, membre de l’OTAN n’est pas encore membre des BRICS mais a demandé à les rejoindre. Son président Recep Tayyip Erdogan, s’emploie à développer ses relations avec les pays turcophones (Azerbaïdjan, Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, Turkménistan), ceux du Moyen-Orient, quelques pays africains et à jouer un rôle plus important dans la région. Le gouvernement turc s’efforce aussi de parvenir à bénéficier d’une zone économique exclusive plus étendue en Méditerranée orientale où sont localisés quelques gisements d’hydrocarbures attribués à ses voisins par application du droit international sur les zones économiques...

La défense européenne : entre héritage et souveraineté à conquérir

La guerre revenue sur le continent avec l’intrusion russe en Ukraine, l’extension de l’offensive israélo-américaine contre le régime iranien et ses conséquences pour les émirats riverains du Golfe, la persistance des attaques du Hezbollah pro-iranien contre Israel et les représailles destructrices de Tsahal au Sud Liban et à Beyrouth, la succession des revirements américains, la montée des puissances, imposent une évidence nouvelle : les rivalités et les tensions ont fait bouger les lignes. L’Europe doit apprendre à se défendre et les enjeux sont considérables :

  • Assurer sa propre sécurité, sans dépendance automatique
  • Préserver sa souveraineté politique, condition de toute liberté
  • Garantir la stabilité du continent, de la Baltique à la Méditerranée
  • Maîtriser son destin technologique et industriel, socle de toute puissance durable

Longtemps hésitante, l’Europe a commencé à se mettre en mouvement. Les budgets augmentent, les tabous tombent. L’UE réunit régulièrement les responsables de la défense des pays membres ; une Agence Européenne de la défense a été créée ; le projet « ReArm Europe / Readiness 2030 » esquisse un effort collectif d’une ampleur inédite. La défense cesse d’être une variable d’ajustement ; elle redevient un choix politique central.

Autour du Fonds européen de la défense, l’Europe tente de surmonter ses divergences pour reconstruire ses capacités : produire davantage sur son sol, coopérer dans la recherche et les équipements, réduire une dépendance extérieure devenue excessive car il n’est pas de puissance militaire sans indépendance industrielle.

Mais certaines capacités clés font malheureusement défaut et l’Europe se trouve encore confrontée à une hétérogénéité stratégique : certains acteurs peuvent agir indépendamment, d’autres restent tributaires de décisions extérieures. En outre, les priorités des États d’Europe méridionale, riverains de la Méditerranée, ne sont pas toujours les mêmes que celles des États voisins de la Baltique.

L’Europe des volontaires

Faute d’unité parfaite entre les 27 États membres de l’UE, des groupes d’États avancent ensemble, plus vite, avec des coopérations renforcées, des projets communs, des solidarités régionales accrues. Se dessine ainsi une Europe à plusieurs rythmes, où l’élan précède parfois l’unité ; mais où l’autonomie opérationnelle est encore limitée.

L’OTAN n’est pas abandonnée. Elle est transformée. Les Européens cherchent à y prendre davantage de place, à y assumer davantage de responsabilités, se préparant à en devenir, peu à peu, un pilier à part entière.

Mais ce mouvement demeure entravé par l’absence d’une vision pleinement partagée. Les menaces ne sont pas perçues de la même manière : à l’Est, la Russie, au Sud, les crises et les déséquilibres, ailleurs, d’autres priorités encore. L’Europe avance ainsi sans toujours parler d’une seule voix et chaque nation protège ses champions, ses programmes, ses intérêts. Il en résulte des doublons, des rivalités, des renoncements, des hésitations et dès lors une efficacité réduite tant que nous n’aurons pas construit d’alternative à la défense d’une Europe exposée actuellement au bon vouloir du président américain (3) qui désire célébrer avec éclat les 250 ans de l’indépendance des États-Unis proclamée à Philadelphie le 4 juillet 1776.

Les efforts consentis par les Français dans le cadre de la politique de dissuasion et de défense des intérêts vitaux définie par le Général de Gaulle donnent aujourd’hui à la France un précieux atout : la défense de l’Europe repose désormais encore plus sur notre capacité de dissuasion et sur le professionnalisme reconnu de nos forces armées, aptes à coopérer rapidement avec plusieurs armées voisines bien entrainées.

Si plusieurs pays européens se concertent pour renforcer leur coopération militaire. Ils le font pour tenter de mettre en commun des moyens et avec la certitude que la dissuasion française, conçue dès le général de Gaulle comme un outil de protection des intérêts vitaux de notre pays, s’inscrit naturellement dans une logique de solidarité vis-à-vis de nos voisins européens. Le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, a, ainsi, appelé les dirigeants européens à "passer à la vitesse supérieure" dans la fabrication de missiles lors d'un déplacement chez le fabriquant MBDA, leader franco-européen dans la conception de missiles et de leurs systèmes.

L’Europe de la défense n’est plus une idée abstraite. Elle est une nécessité reconnue, engagée, mais inachevée. Il n’existe ni armée européenne intégrée, ni véritable commandement commun autonome. La mutualisation des achats d’armements n’est toujours pas établie, plusieurs membres de l’UE continuant à s’équiper en matériels américains. La décision demeure lente, négociée, parfois entravée. La coopération européenne dans le domaine de la défense avance, ainsi, mais entre deux états : encore protégée, déjà responsable, encore dispersée mais déjà consciente d’elle-même.

Les Américains le savent et vont, vraisemblablement, devoir appeler à la coopération technique d’une coalition européenne pour le déminage de la zone d’Ormuz si des mines s’y trouvent car certains de leurs chasseurs de mines ont été mis hors d’usage en mars 2026, les LCS qui doivent les remplacer ne sont pas encore opérationnels et l’autre partie de leurs chasseurs de mines est actuellement mobilisée dans la zone indopacifique.

Le Royaume Uni et la France ont d’ailleurs ouvert le 17 avril 2026 « une conférence avec les pays prêts à contribuer à une mission multinationale pacifique destinée à restaurer la liberté de navigation » dans le détroit « dès que la situation le permettra ». Mais, à ce jour, la mission envisagée par les 49 participants à cette conférence a été sèchement rejetée par Donald Trump alors qu’à l’évidence il va falloir rassurer les armateurs, les affréteurs et les assureurs pour que le trafic commercial puisse vraiment reprendre.

En fait, le moment est venu où il ne suffira plus de coopérer. Il faudra choisir : demeurer une puissance relative, ou devenir une puissance stratégique, en capacité de faire face aux stratégies des autres puissances, soucieuses de leurs seuls intérêts.

Un défi existentiel

Le défi pour l’Union Européenne est donc existentiel. Il exige de passer d’une Europe du marché à une Europe de la puissance : puissance industrielle, pour ne pas être reléguée dans l’ombre chinoise ; puissance politique, pour résister aux turbulences américaines ; puissance militaire, pour dissuader les aventures du voisin russe. Mais il exige aussi une puissance démocratique, c’est-à-dire la capacité d’entraîner les peuples vers un horizon partagé, de leur redonner confiance dans un destin commun, de surmonter le concert des inquiétudes nationales. L’Europe doit donc développer ses coopérations dans les domaines civils.

Un excellent documentaire de l’historien et éditeur Jean-François Colosimo, diffusé récemment sur France 5, montre que la Russie, la Chine, la Turquie, l’Iran et l’Inde, éclipsés durant trois siècles par l’Occident, cherchent à retrouver leur place sur la scène mondiale et à se substituer à l’Occident.

Pour y parvenir, leurs dirigeants n’hésitent pas à tirer parti des changements intervenus à la tête d’une Amérique dotée d’un président opportuniste et désireux d’étendre le territoire d’activités économique et financière des entreprises de son Pays au mépris d’un ordre international que ses prédécesseurs ont contribué à mettre en place après la seconde guerre mondiale puis la chute du mur de Berlin.

Mais cette structuration en blocs ne résout pas tout. Elle porte en elle ses propres tensions, ses rivalités latentes, ses divergences d’intérêts, ses évolutions successives, souvent opportunistes.

Dans ses discours et conférences de presse, le Général de Gaulle a affirmé que l’Europe doit être une force politique indépendante des deux hégémonies (États-Unis et URSS), offrant une alternative à la bipolarité Est-Ouest. Et dans notre espace planétaire incertain demeure un besoin, celui de terrains de coopération échappant à la confrontation directe et répondant à des attentes concrètes des populations concernées...

L’Europe : une expérience singulière de la puissance

C’est précisément là que l’Europe, ‘’confrontée au retour des empires’’ et perturbée par les annonces successives sur l’Ukraine, le Venezuela, le Groenland, le Proche Orient, l’Iran, la circulation maritime, voire les menaces sur l’avenir de l’Alliance Atlantique, peut retrouver un rôle utile. Car son histoire récente lui a appris à faire ce que d’autres n’ont pas encore pleinement expérimenté : organiser la coopération entre des intérêts divergents, construire des règles communes, stabiliser des relations sans les soumettre à une logique de domination.

Pour y parvenir, l’Europe, même si chacun de ses membres conserve sa souveraineté, dispose d’atouts considérables : une puissance économique majeure, une base scientifique et technologique de premier plan, une capacité de dissuasion crédible grâce à la France et au Royaume-Uni, et une capacité diplomatique entretenue sur tous les continents.

Mais surtout, elle possède un capital plus rare : une crédibilité dans la gestion des biens communs. Comme le rappelait le général de Gaulle, « notre politique consiste à être nous-mêmes, et à agir par nous-mêmes ». Encore faut-il, aujourd’hui, choisir les domaines où cette volonté peut se traduire en action et en influence.

Reconstruire une image, affirmer une présence

Il ne s’agit pas, pour l’Europe, de rivaliser frontalement avec les grandes puissances sur tous les terrains. Il s’agit de choisir les siens. En investissant ces champs de coopération, elle peut reconstruire une image de partenaire fiable, affirmer une présence utile dans les régions clés et contribuer à la stabilité internationale. Autrement dit, redevenir une puissance respectée non seulement pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle apporte.

.Avec certains pays des BRICS comme avec d’autres nations (il y a 193 États adhérents à l’ONU), la coopération dans les domaines non militaires peut constituer un espace de dialogue apaisé, un levier de progrès concret, un terrain d’expérimentation de solutions communes pour une politique de développement paisible et raisonné.

L’eau, terrain d’une diplomatie d’équilibre

Parmi ces biens communs, l’eau occupe une place singulière. Ressource vitale, elle est, certes, un facteur potentiel de conflit ; mais elle est indispensable au développement des territoires et, prise en compte avec l’appui de bons experts, elle peut devenir un espace de coopération confiante.

L’Europe, dans ce domaine, a acquis une expérience précieuse : gestion concertée des bassins fluviaux, irrigation durable, accès à l’eau potable, plans d’interventions face aux inondations et aux risques majeurs, gestion des catastrophes, partage de données hydrologiques, technologies avancées de traitement et de réutilisation des eaux usées, dessalement de l’eau de mer dans les pays en déficit hydrique.

Autant de domaines où la coopération est non seulement possible mais nécessaire pour faire de l’eau, non un enjeu de puissance exclusive mais une ressource bien gérée et un accélérateur de développement.

Une voie de coopération avec les puissances émergentes

L’Europe s’est construite en transformant des espaces de rivalité en espaces de coopération. Dans un monde traversé à nouveau par les tensions, cette expérience n’est pas un héritage du passé ; c’est une ressource pour l’avenir.

Face aux logiques d’affrontement, la France et ses partenaires européens ont la possibilité de proposer autre chose : non pas l’effacement, mais l’équilibre ; non pas la domination, mais l’organisation du partage dans des domaines où la coopération est non seulement possible, mais nécessaire. Et, surtout, où elle peut s’établir sans les crispations propres aux enjeux de sécurité ou de souveraineté militaire.

Au-delà de l’eau, l’Europe dispose d’une expertise reconnue dans plusieurs autres domaines où la coopération internationale peut devenir un levier d’influence et de stabilité :

  • Environnement et ressources : lutte contre le changement climatique, biodiversité, transition énergétique
  • Agriculture et alimentation : sécurité alimentaire, innovation agronomique, qualité et traçabilité des produits
  • Santé et protection sociale : systèmes de soins, prévention sanitaire, modèles de solidarité
  • Éducation et recherche : universités, formation, innovation scientifique
  • Aménagement et villes durables : urbanisme, transports, gestion des déchets, résilience climatique
  • Numérique et régulation : protection des données, intelligence artificielle éthique, cybersécurité
  • Gouvernance et normes : État de droit, régulation économique, standards techniques
  • Mer et océans : gestion des ressources maritimes, sécurité, économie bleue
  • Culture et francophonie : diversité culturelle, dialogue des cultures, rôle utile de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Le champ des coopérations à envisager est d’autant plus large que 158 pays ont mis en place des missions permanentes auprès des instances de l’Union Européenne qui, de son côté dispose de 187 représentations dans le monde. De surcroît, l’existence de nos départements et collectivités d’outre-mer confère à la France une dimension planétaire qui inscrit l’Europe dans une relation plus vaste avec le monde, notamment avec les grands ensembles des années à venir : Afrique, Asie-Pacifique, Amérique Latine.

Bénéficiant d’un développement souvent supérieur à celui de leurs voisins, nos territoires ultra-marins sont des avant-postes historiques de l’influence pacifique de la France dans le monde et, au-delà, de l’Europe entière.

A partir de ces terres de souveraineté française dans des zones stratégiques majeures : Atlantique, Pacifique et Océan Indien, la France et l’Europe peuvent donc nouer des coopérations régionales dans de nombreux domaines, participer aux équilibres maritimes et protéger les immenses espaces maritimes de la deuxième Zone économique exclusive du monde (ZEE) avec près de 11 millions de Km2.

Promouvoir des équilibres acceptés

Il est des puissances qui s’imposent et d’autres qui relient, qui tissent patiemment des interdépendances choisies plutôt que subies, qui organisent la rencontre des besoins et des compétences plutôt que la confrontation des intérêts. Des puissances qui font circuler les savoirs, les techniques et les solidarités là où d’autres dressent des frontières ou projettent des rapports de force sans se soucier de leurs conséquences pour les populations...

Face aux nouveaux défis d’un monde fragilisé et à l’affaiblissement de la solidarité occidentale, l’Europe n’a que peu d’intérêt à se cantonner au seul terrain géostratégique sur lequel l’ont entrainée des dirigeants épris de domination.

Soucieuse de se tenir à la hauteur de son histoire mais dédaignée par les actuels présidents de la Russie et des États-Unis, elle demeure une puissance discrète, forte de près de 450 millions d’habitants et d’un PIB de plus de 18 000 milliards d’euros, l’un des tout premiers PIB de la planète après les États-Unis (26 971milliards d’euros en 2024) et avant la Chine (17326 milliards d’euros).

Elle peut donc parvenir à construire dans la durée des équilibres acceptés lui donnant l’occasion d’affirmer, sans asservir, son rôle utile et nécessaire pour le rétablissement de la Paix et de la libre coopération dans de nombreux domaines dont dépend l’avenir des habitants de notre planète en désarroi...

Jean-Marie Dedeyan

22 Avril 2026

(1) De son côté, le ministre britannique de la défense a révélé début avril que, pendant plus d’un mois, le Royaume-Uni et ses alliés ont suivi en permanence l’activité d’un sous-marin d’attaque russe et de deux sous-marins espions qui évoluaient dans l’Atlantique Nord au-dessus de câbles et de pipelines stratégiques pour les identifier et en établir la cartographie.

(2) Le filtrage des mouvements s’effectue par observation satellite, avions et drones de surveillance, une dizaine de bâtiments de l’US Navy positionnés dans le Golfe d’Oman assurant la vigilance permanente. Négociateurs retors face à un chef d’État qui pratique plus volontiers les deals, les Iraniens menacent de fermer le détroit en cas de maintien du blocus américain. De son côté, Donald Trump affirme que l’Iran va retirer ses mines marines du détroit d’Ormuz « avec l’aide des États-Unis » tout en ajoutant quelques heures plus tard que « le blocus naval restera pleinement en vigueur (…) jusqu’à ce que notre transaction avec ce pays soit finalisée à 100% ».

(3) Pour la première fois depuis 1983, des responsables libanais et israéliens ont accepté de se rencontrer à Washington pour des discussions directes. Ce format, inédit depuis plus de quarante ans, marque un tournant : Israël et le Liban acceptent de discuter sans intermédiaire régional, ce qui n’était plus arrivé depuis l’échec de l’accord du 17 mai 1983. Comme l’a souligné Philippe Gélie dans son éditorial du Figaro (18-19 Avril 2026) : « Le chef de la Maison Blanche a eu la clairvoyance de lier les dossiers de l’Iran et du Liban : Benyamin Netanyahou voulait les dissocier alors qu’il ne voit, à raison, de solution au problème du Hezbollah qu’à Téhéran ». La France, quant à elle, traditionnellement l’acteur européen le plus engagé au Liban, n’a pas été associée à ces pourparlers alors que le Liban constitue un espace historique d’influence française au Levant, politiquement, économiquement et militairement (FINUL).

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