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Jean-Marie DEDEYAN
22 janvier 2026
La France face au monde qui se recompose

La France face au monde qui se recompose

par Jean-Marie Dedeyan, membre du Conseil d’EuroDéfense France, vice-président de la Fondation Charles de Gaulle

Alors que les équilibres internationaux se délitent et que certains évoquent le spectre d’un nouveau « Yalta », le monde entre dans une phase de recomposition profonde, sans centre de gravité ni arbitre reconnu. Montée des puissances émergentes, affirmation du Sud global, fragilisation des alliances occidentales : l’histoire s’accélère. Et les menaces américaines de surtaxe douanière à l'égard de huit pays européens ayant envoyé des militaires au Groenland ont confirmé qu’après le Venezuela, ce vaste territoire danois riche en minerais, autonome depuis 1979, et situé dans l’Arctique face à la Russie et à la Chine, est bien un enjeu géopolitique pour le président des États-Unis Donald Trump à l’heure où la fonte accélérée de la banquise ouvre de nouvelles routes maritimes. Dans ce contexte incertain, la France peut-elle encore faire entendre une voix singulière ?

Vers un nouveau Yalta ?

À chaque grande secousse de l’histoire internationale, un mot ancien revient hanter les esprits : Yalta. Il évoque la carte du monde étalée sur une table, les frontières tracées par quelques puissants, la prétention de fixer durablement l’ordre du monde au lendemain de la deuxième guerre mondiale.

Aujourd’hui, face aux déclarations et aux revirements du président américain, la question ressurgit : sommes-nous en train d’assister aux prémices d’un nouveau partage planétaire ?

La tentation est compréhensible. Le retrait relatif des États-Unis de leur rôle d’arbitre, la fragilisation des alliances, le retour assumé des rapports de force nourrissent l’idée que tout pourrait à nouveau se négocier : territoires, zones d’influence, protections.

Mais cette analogie masque l’essentiel : le monde de Yalta n’existe plus.

À cette rupture géopolitique majeure s’ajoute désormais une initiative lourde de sens : le président des États-Unis propose la création d’un « Conseil de la paix », placé entièrement sous son impulsion et en concurrence directe avec l’Organisation des Nations unies. Sous couvert d’efficacité, ce projet substituerait à l’universalité du multilatéralisme une logique de sélection et de cooptation des États.

Après les pressions exercées pour tenter d’annexer le Groenland (1), où depuis longtemps sont implantées quelques bases militaires américaines en vertu d’un accord conclu le 27 avril 1951 avec le Danemark (entré dans l’Otan deux ans auparavant), cette initiative suscite des réactions aux États-Unis (2). De nombreux responsables démocrates, mais aussi certains républicains, s’inquiètent d’un affaiblissement durable du droit international et d’une remise en cause de l’architecture issue de 1945.

Les éléments désormais rendus publics confirment la nature de cette rupture qui fragilise l’Alliance Atlantique, affaiblit l’Europe et instaure une dimension transactionnelle et conditionnelle dans la relation historique entre les Etats-Unis et leurs alliés.

Selon plusieurs médias américains, la « charte » du Conseil de la paix prévoirait que les États candidats à un siège permanent s’acquittent d’un droit d’entrée supérieur à un milliard de dollars, payable « en espèces ». Cette disposition marque un basculement inédit : la paix ne serait plus seulement négociée ; elle serait tarifée. À l’universalité du droit succéderait une logique de solvabilité ; à l’égalité formelle des États, une sélection par la capacité financière.

Ce détail n’en est pas un. Il signifie que la paix, loin d’être un bien commun, deviendrait un privilège réservé à ceux qui peuvent payer. L’histoire retiendra peut-être que l’on aura tenté, un jour, de transformer la sécurité internationale en marché, et la légitimité en monnaie. Même si le fonctionnement de l’ONU est assuré dans le cadre d’un budget alimenté par les cotisations des Etats membres, jamais, depuis 1945, l’idée même de sécurité collective n’avait été ainsi ramenée à une transaction (3).

L’enjeu d’un tel débat dépasse les alternances politiques ; il touche à la conception même de l’ordre mondial.

Le XXIᵉ siècle est multipolaire, démographiquement bouleversé, stratégiquement fragmenté. Aucune puissance ne domine seule. Les sociétés parlent, contestent, résistent. L’universalisme de la charte de l’ONU se fissure. L’histoire ne se laisse plus enfermer dans des accords conclus au sommet.

La montée des BRICS traduit le refus d’un ordre international conçu par et pour l’Occident. La Russie poursuit son offensive en Ukraine. L’Inde avance sans s’aligner, l’Afrique, dont la population devrait atteindre 2,5 milliards d’habitants en 2050, devient l’un des grands horizons du siècle et sous l’égide des routes de la soie, la Chine tisse une toile propice au développement de son commerce et de son influence.

Phnom Penh ou la boussole gaullienne

C’est dans ce désordre apparent que la pensée du général de Gaulle retrouve toute son actualité. En 1966, à Phnom Penh, en pleine guerre du Vietnam, il osa rappeler que l’on ne fait pas la paix contre les peuples, ni la stabilité contre les nations. « La guerre ne peut être gagnée ni par la destruction ni par la contrainte. Le sort des peuples ne peut être décidé du dehors. Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités. » (Discours de Phnom Penh, 1er septembre 1966)

En affirmant que le sort des peuples ne peut être décidé du dehors, De Gaulle a posé une règle stratégique et morale d’une portée durable. Son discours n’était ni une provocation ni un rejet des alliés, mais une leçon de lucidité.

La France retrouve ici sa responsabilité singulière. Elle n’est ni un empire disparu ni un État quelconque. Elle porte une conception exigeante de la souveraineté, fondée sur l’indépendance de décision et le refus de l’alignement. La France ne doit ni s’isoler ni se fondre. Elle doit rester elle-même pour être utile aux autres.

Comme hier, la France ne doit pas chercher à dominer l’Europe. Elle doit l’empêcher de disparaître. Son poids culturel, sa langue, sa diplomatie, son réseau mondial, sont des leviers d’influence essentiels. Ils lui permettent de rappeler que l’Europe n’est pas condamnée à être un espace sous protection conditionnelle.

Les Européens cherchant la parade à la menace de Donald Trump sur le Groenland, Emmanuel Macron a proposé de mettre en œuvre « l’instrument anti coercition de l’Union Européenne ». Mais l’activation des mesures (4) nécessite du temps et un consensus des membres de l’UE. Or l’Europe dépend des Etats-Unis pour assurer la protection de l’Ukraine et ceux des membres de l’UE dont la défense ou les matériels militaires dépendent des moyens américains ne peuvent envisager une confrontation sans précautions murement réfléchies. Et si nos partenaires ne parviennent pas à s’entendre sur les mesures à mettre en œuvre rapidement, la fracture risque d’être sérieuse et durable.

Au Forum économique de Davos, Donald Trump n’a pas caché son peu de considération pour un continent européen décrit en décembre dernier dans la Stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis comme en "déclin économique" et en "effacement civilisationnel ».

Le monde ne se réorganisera pas autour d’une table.

Dans ce monde sans centre de gravité et livré aux rivalités d’une triade de puissances hégémoniques concurrentes et soucieuses de leurs seuls intérêts, la France se trouve aujourd’hui dans une situation singulière. Elle n’a pas vocation à commander, mais à tenir : tenir sa parole, tenir son rang, tenir une certaine idée du monde et de la coexistence entre les peuples.

Elle n’est ni une puissance hégémonique, ni une nation dépendante. Par son histoire, son poids diplomatique et culturel, sa base industrielle et technologique, sa capacité d’innovation et son autonomie stratégique, elle conserve une liberté d’action que peu d’États européens peuvent revendiquer. Et cette singularité lui confère une responsabilité particulière face aux défis qui menacent l’Europe et ses partenaires de l’Union Européenne.

La capacité reconnue de sa force de dissuasion, son siège au Conseil de sécurité de l’ONU, son poids économique et scientifique, ses collectivités d’outre-mer qui, par leur seul présence, projettent la souveraineté de notre Pays sur les cinq océans et sur tous les continents, conférent à la République française une dimension véritablement planétaire. Et cette dimension inscrit l’Europe dans une relation plus vaste avec le monde, notamment avec les grands ensembles des années à venir : Afrique, Asie-Pacifique, Amérique Latine.

A l’Heure où, par son coup de force, le Président américain cherche à préparer la célébration des 250 ans d’indépendance des Etats-Unis par un fait marquant modifiant les frontières établies par le droit international, quitte à affaiblir l’UE en divisant ses 27 Etats membres et en mettant à l’épreuve leur capacité de réponse, la fermeté s’impose et la France doit défendre ses intérêts. Elle ne peut se contenter de subir les vents du monde.

Il revient à nos gouvernants de les orienter, de les apprivoiser, d’en faire une énergie de paix et de création, sans complaisance et sans faiblesse, dans le dialogue avec nos partenaires historiques et sans compromission envers les fauteurs de troubles dont les initiatives fragilisent les efforts de coexistence et de coopération.

Lors d’une de ses conférences de presse à l’Elysée, le Général de Gaulle a souligné le 15 Mai 1962 : « Il faut que l’Europe existe par elle-même, pour elle-même, sous peine de n’être qu’un enjeu ».

Ce que le président Emmanuel Macron a esquissé à Davos, c’est une Europe capable de dire non aux naïvetés d’hier : non à la dépendance stratégique, non à la désindustrialisation, non à l’impuissance diplomatique. Mais c’est aussi une Europe qui doit dire oui : oui à l’innovation partagée, oui à la transition écologique équitable, oui à un multilatéralisme rénové, fondé sur des coalitions d’action et non sur des postures.

Certes, le ton du discours a pu heurter certains partenaires. Mais peut-on encore se permettre la langue de bois quand l’histoire s’accélère ? Peut-on continuer à tergiverser pendant que d’autres tracent leur route, imposent leurs normes, captent nos talents et nos marchés ?

L’heure est venue de choisir : subir ou agir. L’Europe a les moyens d’être un pôle d’équilibre, un laboratoire de solutions, un rempart contre les extrêmes. À condition de parler d’une seule voix, de penser long terme, et de faire confiance à ses citoyens.

« Il faut que l’Europe soit européenne » a souligné le Général de Gaulle lors d’une autre conférence de presse, le 23 juillet 1964). Et si les 27 ne parviennent pas à s’accorder sur une réponse ferme aux pratiques unilatérales du Président américain, alors il revient au noyau dur de la Communauté européenne (celui qui a su bâtir l’euro, Schengen, la coopération en matière de défense…) de se concerter. Il faut qu’il affirme une position commune, claire et déterminée : l’Europe ne sera pas le vassal des États-Unis. Elle doit parler d’une voix souveraine, défendre ses intérêts vitaux, et tracer sa propre voie dans le tumulte mondial.

Ce que Davos a révélé, c’est que le temps des incantations est révolu. Place à l’audace, à la clarté, à la construction. L’Europe ne sera pas une puissance par mimétisme, mais par fidélité à ce qu’elle est : un projet de paix, de justice et d’émancipation.

Jean-Marie Dedeyan - 22 janvier 2026

*******

(1) Le Président des Etats-Unis a adressé un message au Premier ministre norvégien lui précisant : « Etant donné que votre pays a décidé de ne pas m’attribuer le prix Nobel de la Paix (…), je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix ». Puis à Davos, le 21 janvier, Donald Trump a réaffirmé fermement le besoin vital des Etats-Unis d’acquérir le Groenland, sans usage de la force, après que les Etats-Unis aient, depuis des années, « donné à l’OTAN et aux nations européennes des milliers de milliards de dollars », précisant qu’il veut des négociations immédiates et ajoutant « Vous pouvez dire non, et on s’en souviendra ».

(2) Un sondage réalisé par Reuters et IPSOS les 12 et 13 janvier 2026 auprès d’un échantillon représentatif d’Américains, a fait apparaitre que seuls 17% des personnes interrogées ont déclaré soutenir l’ambition du Président Donald Trump d’acquérir le Groenland et seulement 4% des sondés estimé qu’une prise militaire du territoire groenlandais serait justifiée.

Selon l’agrégateur Real Clear Politics, cité dans Le Figaro du 21 janvier 2026, 55,6 % des électeurs désapprouvent aujourd’hui la politique du 47e président des États-Unis, qui conserve malgré tout 42,5 % de soutien, soit un peu plus que les 39,9 % un an après le début de son premier mandat, en 2018.

(3) Le financement de l’ONU repose principalement, pour sa part, sur les contributions annuelles obligatoires des Etats membres, calculées selon leur capacité économique. Le budget assure le financement courant (Secrétariat général, Assemblée générale, Conseil de sécurité, traduction, diplomatie multilatérale, etc.) et un plancher existe pour protéger les pays membres les plus pauvres, Les contributions annuelles obligatoires sont complétées par des contributions volontaires destinées notamment aux programmes, fonds et agences spécialisées (HCR, OMS, PNUD, UNICEF). Les opérations de maintien de la paix font l’objet d’un budget distinct, auquel les membres permanents du Conseil de sécurité contribuent davantage en raison de leur responsabilité.

(4) Le dispositif anti coercition de l’UE, adopté en 2023 mais non appliqué, permet de limiter les importations d’un pays, de bloquer ses investissements ou l’accès aux marchés publics, de prendre des sanctions financières ou de suspendre ses brevets ou licences.

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