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Jean-Marie DEDEYAN
30 mars 2026
L'Europe à l'épreuve du désordre du monde

L'Europe à l'épreuve du désordre du monde

Par Jean-Marie Dedeyan, membre du Conseil d'EuroDéfense-France

Dans un monde traversé par de multiples crises, où les équilibres anciens se délitent sans bruit avant de céder brutalement, l’Europe se découvre une fois encore reléguée aux marges de l’histoire en train de se faire.

La guerre déclenchée le 28 février dernier contre l’Iran par Israël et les États-Unis, sans concertation réelle avec leurs alliés traditionnels, ne constitue pas seulement un épisode supplémentaire des tensions au Moyen-Orient. Elle marque une rupture plus profonde : celle d’un ordre international où les règles communes, laborieusement édifiées au fil des décennies, s’effacent devant le retour assumé des logiques de puissance, où le multilatéralisme, longtemps invoqué comme principe régulateur, apparaît désormais comme un cadre vidé de sa substance.

La gouvernance du monde en question

Car ce qui se défait sous nos yeux, ce n’est pas seulement la paix fragile d’une région, mais l’idée même d’une gouvernance concertée du monde. Les institutions subsistent, mais les décisions se prennent ailleurs, dans la logique des puissances, dans l’urgence stratégique et dans la solitude égoïste de chefs d’États déterminés à agir sans entrave. Interviewé sur BFM TV par Apolline de Malherbe, l’ancien ministre des Affaires Etrangères Jean-Yves Le Drian n’a pas hésité à considérer que « Nous sommes actuellement dans un schisme transatlantique ».

Cette rupture place l’Europe face à elle-même en révélant, avec une netteté nouvelle, un enjeu que le général Charles de Gaulle n’a cessé de rappeler : « La France ne peut être la France sans la grandeur. ».

La sage affirmation du Général prend, aujourd’hui, tout son sens lorsqu’on l’applique à l’Europe. Une Europe qui ne décide pas pleinement, qui apparait divisée, prudente, parfois même silencieuse. Une Europe qui fait référence au droit, appelle à la retenue, à la désescalade ; mais dont les appels, faute de moyens d’action, résonnent comme autant d’exhortations sans réelle portée.

L’Europe, aujourd’hui, demeure dépendante, exposée aux chocs extérieurs, soumise à des contraintes d’alimentation de gaz, de pétrole, d’engrais pour ses cultures vivrières et pour nombre de composants nécessaires à ses industries. Ses 27 États membres ont des intérêts et des points de vue qui compliquent sa capacité d’analyse et ne facilitent pas l’expression d’une volonté politique commune.

Pourtant l’Europe dispose d’atouts considérables : une puissance économique de premier rang, une tradition diplomatique reconnue, une capacité scientifique et technologique qui demeure parmi les plus avancées du monde. Cependant, ces forces restent dispersées. La guerre en Iran en fournit une démonstration éclatante. Et l’Europe doit éviter le piège de l’engrenage de cette guerre qui ne se limite ni à la destruction des capacités nucléaires de l’Iran, ni au renversement du régime en place à Téhéran, mais qui touche dramatiquement des infrastructures très utiles et des populations sans défense.

Le conflit à l’issue incertaine, déclenché il y a près d’un mois déjà pour empêcher l’Iran de se doter d’une capacité de frappe nucléaire et mettre fin aux horreurs perpétrées par le régime des Mollahs et des Gardiens de la Révolution, s’est transformé en crise systémique mondiale, affectant à la fois l’énergie, le commerce maritime, les économies d’Asie et d’Europe, et les équilibres géostratégiques.

L’opération militaire israélo-américaine ciblée est désormais aussi une guerre énergétique, dont le cœur est le détroit d’Ormuz, cet étroit passage reliant le Golfe d’Oman et le Golfe Persique, emprunté quotidiennement par une très grande partie des flux mondiaux d’hydrocarbures. C’est une guerre des routes du commerce mondial par voie maritime, où Ormuz, la mer Rouge et, au nord de l’Océan Indien, le détroit de Bab El Mandeb deviennent des leviers stratégiques majeurs. C’est enfin une guerre d’intérêts, où chaque puissance agit selon sa propre logique. L’Europe doit montrer qu’elle existe et qu’elle compte !

Comme le soulignait Raymond Aron : « Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. »

L’heure n’est plus aux constats, mais aux choix.

La Russie, engagée depuis 4 ans dans ses opérations contre l’Ukraine, soutient l’Iran sans s’exposer et s’efforce de tirer parti à son profit des déséquilibres énergétiques. La Chine, dont 55% des importations de pétrole proviennent du Moyen Orient, observe l’évolution des combats avec prudence pour préserver ses flux commerciaux tout en analysant les comportements tactiques des belligérants afin d’optimiser la stratégie de ses visées sur Taiwan.

La Turquie avance avec précaution entre son appartenance à l’OTAN, son voisinage régional et ses impératifs intérieurs. Elle s’efforce, comme l’Égypte et le Pakistan, de placer sa diplomatie en position d’intermédiaire discret entre les belligérants.

L’Arabie Saoudite et les Émirats du Golfe se retrouvent impliqués dans le conflit par la succession d’attaques de drones et de missiles iraniens visant leurs capacités de stockage et d’acheminement d’hydrocarbures ou des installations de dessalement indispensables à l’alimentation en eau dans cette région où la température est généralement assez élevée.

Ainsi se confirme le retour d’un monde de rapports de force. Un monde où la multiplication des conflits armés et l’émergence de nouvelles menaces amplifiées par le déséquilibre démographique et les ambitions démesurées de certains dirigeants s’accompagnent d’une mise en cause des principes démocratiques.

Dépendante des importations de pétrole et de gaz, l’Europe subit l’augmentation des coûts de son approvisionnement en énergies et ses conséquences pour les ménages comme pour les entreprises. Elle parle, mais pèse peu. Elle invoque le droit, mais ne dispose pas des moyens de le faire respecter. Ce constat renvoie à une réalité plus profonde : l’absence de souveraineté stratégique. Or la souveraineté ne se proclame pas ; elle s’exerce.

L’Europe doit se comporter en puissance

S’affirmer, pour l’Europe, ne signifie pas se détourner de ses alliances, ni renoncer à ses valeurs. Cela signifie d’abord retrouver une souveraineté stratégique, c’est-à-dire une capacité de comprendre, de décider et d’agir par elle-même lorsque ses intérêts essentiels sont en jeu.

Le défi pour l’Union européenne est donc existentiel. Il exige de passer d’une Europe du marché à une Europe de la puissance : puissance industrielle, pour ne pas être reléguée dans l’ombre chinoise ; puissance politique, pour résister aux turbulences américaines ; puissance militaire, pour dissuader les aventures du voisin russe. Mais il exige aussi une puissance démocratique, c’est-à-dire la capacité d’entraîner les peuples vers un horizon partagé, de leur redonner confiance dans un destin commun, de surmonter le concert des inquiétudes nationales.

Car le risque n’est pas seulement extérieur. Il est intérieur : celui de l’effritement silencieux, du repli, de la fragmentation. Celui d’une Europe qui, par lassitude ou par hésitation, laisserait aux autres le soin de dessiner le monde de demain.

Face aux nouveaux défis et à l’affaiblissement de la solidarité occidentale, l’Union européenne, dédaignée par les actuels présidents de la Russie et des Etats-Unis, mais forte de près de 450 millions d’habitants et d’un PIB de plus de 18 000 milliards d’euros, l’un des tout premiers PIB de la planète après les Etats-Unis (26 971milliards d’euros en 2024) et avant la Chine (17326 milliards d’euros), doit donc affirmer son rôle dans la défense des démocraties, de la coopération, de la paix et des libertés.

Pour y parvenir, il faut à la fois consolider la sécurité à long terme des pays membres de l’UE, sortir de la dépendance énergétique en diversifiant les fournisseurs, assurer la protection des infrastructures vitales, éviter le risque de glissement vers une guerre directe au Moyen Orient et dans l’affrontement entre la Russie et l’Ukraine, lutter contre la désinformation, une vision autoritaire du monde et la menace que présente la gestion hégémonique des conflits, maintenir un canal de dialogue et d’initiative diplomatique. Il en va de la crédibilité de l’Union européenne, de son avenir, et de la préservation de l’ordre international fondé sur le droit.

« L’Europe n’est pas une fin en soi, elle est un moyen de garantir la paix, la liberté et le progrès » soulignait Simone Veil, en 1979, lorsqu’elle présidait le Parlement européen.

A l’évidence, une Europe qui parle en ordre dispersé ne peut parvenir à peser dans un monde structuré par des puissances affirmées. Il appartient par conséquent aux responsables européens de maintenir un cap clair : dissuasion sans provocation, solidarité sans alignement automatique, vigilance sans embrasement

Pour sa part, la France entend maintenir une ligne fidèle à son histoire. Elle sait que l’alliance n’est pas l’alignement. Elle sait que la solidarité n’implique pas la confusion. Elle sait surtout qu’une nation qui renonce à sa liberté d’appréciation renonce, en réalité, à exercer toute influence.

Faire face au risque d’implication

La situation très conflictuelle dans le Golfe a conduit l’Europe, représentée en premier lieu par l’Allemagne, la France et le Royaume Uni, à se dire prête à mener des actions défensives contre l’Iran pour protéger ses intérêts et ceux de ses alliés tout en appelant à la désescalade et à la retenue. L’Iran a mis en garde les pays européens : toute participation à des « actions défensives » serait considérée comme un acte de guerre. La menace implicite vise à dissuader une implication européenne.

Dans ce contexte, la position française reste prudente. Lors de son intervention télévisée du 3 mars à 20 heures, le président Emmanuel Macron a rappelé que : « La France agit pour la désescalade et la protection de ses ressortissants. ». Il a également souligné : « Nous ne cherchons pas la guerre. Mais nous défendrons nos intérêts et la sécurité de nos concitoyens. »

La ligne est claire : respect du droit international, posture défensive, refus d’un engrenage, en dépit des appels du président américain à constituer une coalition internationale pour assurer la sécurité des navires franchissant le détroit d’Ormuz.

Un espace maritime devenu géostratégique

La configuration de ce détroit situé entre la péninsule arabique et les côtes de l’Iran au relief accidenté est de 53 Km au point le plus étroit (10 de plus que la distance entre Calais et Douvres), ce qui réduit à 33 Km la largeur des voies navigables dont les rails de navigation, longs de 1500 Km, font à peine 3 Km de large.

L’étroitesse de ce goulet laisse donc peu d’espace pour les mouvements des bâtiments militaires chargés d’assurer la sécurité des convois de gros pétroliers et de navires commerciaux assurant le transport de 20% du pétrole mondial, un cinquième du gaz naturel liquéfié (GNL) et d’importants volumes de produits chimiques, d’engrais, de métaux, de produits agricoles et de biens manufacturés C’est aussi par ce détroit que transite une partie de la production pharmaceutique provenant d’Inde et de Chine.

Au nord du Golfe, à environ 30 Km des côtes, l’île de Kharg abrite le plus grand terminal d’exportation de pétrole brut iranien et un important réseau d’infrastructures où passent près de 90% des exportations iraniennes de pétrole. Les responsables américains ont un moment estimé qu’il valait mieux éviter de détruire ces installations pour permettre une future reprise des exportations de pétrole afin d’aider un nouveau régime iranien à stabiliser le pays.

Mais le 14 mars le président américain a lancé une opération limitée aux infrastructures militaires de l’île en menaçant les iraniens de s’en prendre aux installations pétrolières si un allégement des contraintes n’intervient pas sur le détroit d’Ormuz qui, avant le conflit, permettait l’acheminement de 20,9 millions de barils de pétrole brut par jour en provenance d’Arabie Saoudite, de l’Iran, de l’Irak, des Émirats Arabes Unis, du Koweït et du gaz naturel liquéfié du Qatar.

Plus au sud, différentes îles occupées par l’Iran en 1971 après le départ des forces britanniques de la région revêtent une importance stratégique aux yeux des dirigeants iraniens qui disposent ainsi de plusieurs positions pour lancer des attaques et bloquer ce corridor maritime.

Les îles de Larak, d’Ormuz et de Qeshm constituent ainsi des bases de stockage d’armes, de lancement de missiles et de drones utilisées par les Gardiens de la révolution. Située à 2km de la côte iranienne et longue d’une centaine de km, Qeshm abrite un port utilisé par les Gardiens de la révolution, des équipements hôteliers touristiques, une usine de dessalement, une raffinerie spécialisée dans le traitement du pétrole lourd et se trouve à 30km du territoire omanais.

Les frappes successives et les images de navires en feu dans le détroit ont incité les compagnies d’assurance à suspendre leurs garanties, ce qui a entrainé une très forte baisse du trafic. Seuls quelques rares navires « amis » sont admis par l’Iran à emprunter le passage à la suite d’accords bilatéraux négociés par leur pays d’origine avec le régime iranien, principalement des vraquiers et des pétroliers sous pavillon chinois, indien, pakistanais et turcs dont l’équipement de traçage reste allumé.

La succession de frappes iraniennes, dans la seconde moitié du mois de mars, au Koweït, au Qatar, à Bahreïn, aux Émirats Arabes Unis (plus de 2000 drones et missiles iraniens ont successivement visé Dubaï) puis en Arabie Saoudite (touchée par 21 drones et un missile balistique alors qu’une réunion des ministres des Affaires étrangères arabes et turc se tenait à Ryad), les représailles israéliennes et américaines sur des infrastructures gazières et pétrolières de l’Iran a montré l’intransigeance des belligérants (1).

A la croisée des chemins entre l’Europe et l’Asie, le Moyen Orient doit, dès lors, faire face à une alternative. Soit de discrets efforts diplomatiques parviennent à faire accepter des négociations par les responsables des parties en guerre, soit une aggravation se produit à l’échéance de l’ultimatum américain, le 6 avril. Cette aggravation pourrait se traduire d’un côté par un déploiement au sol de soldats américains (2) et la destruction d’infrastructures énergétiques en Iran, de l’autre par des opérations iraniennes ciblant les centres économiques importants en Arabie Saoudite et dans les Émirats, la destruction d’usines de dessalement et de nouveaux blocages du trafic maritime.

Les responsables américains sont davantage qu’Israel désireux de parvenir rapidement à une solution car l’opinion américaine éprouve désormais une réelle lassitude d’une situation dont, de leur côté, les pays amis subissent les effets, avec des conséquences durables pour leurs activités économiques (Gaz, pétrole, finances, tourisme…) et éducatives (l’Iran menace plusieurs universités américaines implantées dans les pays du Golfe).

De surcroit, les rebelles Houtis du Yémen, proches du régime de Téhéran, ont, le 28 mars, mené pour la première fois une attaque par missile contre Israel. Leur organisation, que l’on croyait moribonde après l’élimination d’Hassan Nasrallah mais qui s’est, en fait restructurée et compartimentée, envisage un blocage du détroit de Bab El Mandeb (long de 115 km et large de 32 km dans sa partie la plus étroite).

Passage historique incontournable entre la mer Rouge, le Golfe d’Aden et l’Océan indien par lequel passent les navires empruntant le Canal de Suez depuis ou vers la Méditerranée, le détroit de Bab El Mandeb assure le transit de 12% du trafic maritime mondial et de 75% des exportations européennes vers l’Asie, l’Afrique et l’Europe. L’Arabie Saoudite a implanté à Yanbu, sur la côte Est de la mer Rouge, l’arrivée d’un oléoduc de 1200Km qui lui permet de contourner le blocage d’Ormuz pour acheminer quotidiennement entre 3,5 et 5 millions de tonnes de pétrole.

Utilité de la présence française

Dans ce climat, la présence du porte-avions Charles de Gaulle et de son groupe aéronaval en Méditerranée prend un sens particulier. Ce n’est pas une entrée en guerre. C’est à la fois un signal de vigilance, une capacité de protection et un instrument de dissuasion.

Tout en assurant son rôle de stabilisation et de sécurisation en Mer Rouge et dans le Golfe, la France affirme une présence mesurée, mais résolue, à portée des rives d’une Méditerranée orientale qui concentre aujourd’hui des tensions énergétiques, la proximité chypriote, la fragilité libanaise et les rivalités régionales.

Dans cette crise, la France s’efforce donc de tenir une position d’équilibre : Ne pas rompre, mais ne pas suivre. Soutenir, mais ne pas s’engager au-delà de ce qu’elle décide elle-même. Exercer sa capacité d’initiative, de médiation et, si nécessaire, de fermeté tout en affirmant un principe simple : la guerre engage la nation et ne se délègue pas.

Attentif à l’évolution de la situation dans la région du Golfe et au Liban qui subit les tirs croisés du Hezbollah pro-iranien et d’Israel qui veut établir une zone de sécurité au sud-Liban, le Président Emmanuel Macron a réaffirmé le soutien de la France à l’intégrité du Liban et à son gouvernement. S’efforçant de mobiliser ses partenaires internationaux, il a appelé à des discussions directes entre Israel et le Liban, et proposé d’accueillir à Paris leurs futurs pourparlers.

Les années de guerre, les déchirements politiques, l’effondrement économique puis la blessure terrible de l’explosion survenue au port de Beyrouth rendent compliquée le relèvement du Liban. Entre la montagne et la mer, sa terre peu étendue et pourtant immense par son histoire a fait du Pays du Cèdre un carrefour d’échanges où les cultures se rencontrent et où l’esprit demeure plus fort que les épreuves. Mais les durs affrontements actuels assombrissent l’horizon alors que la France, à ses côtés, s’efforce d’éviter l’effondrement du pays, de maintenir l’existence politique et culturelle du Liban et de jouer son propre rôle dans un monde où la puissance se substitue au droit international.

Un choix historique

Si son action peut atténuer, alerter, proposer et parfois protéger, la France ne peut cependant, seule, imposer la paix. Une telle exigence ne saurait demeurer isolée. L’Europe est désormais placée devant un choix historique. Ou bien elle accepte de n’être qu’un espace, ouvert, prospère, mais dépendant. Ou bien elle décide de devenir une puissance, consciente d’elle-même, de son Histoire, de son poids économique réel, capable d’agir et résolue à défendre ses intérêts comme ses principes. Une puissance qui ne subit pas les crises, mais qui contribue à en dessiner les issues. Entre ces deux voies, il n’y a pas de compromis. Il y a une décision.

Comme l’avait compris Winston Churchill : « Le prix de la grandeur, c’est la responsabilité ». C’est cette responsabilité que l’Europe doit désormais assumer, faute de quoi elle cessera de compter dans le destin du monde.

Un pas en ce sens a été fait le 21 Mars avec la publication du communiqué commun d’une vingtaine de pays dont le Royaume Unis, la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays Bas, le Canada, le Japon, les Émirats Arabes Unis, demandant « un moratoire immédiat et global sur les attaques d’infrastructures civiles »et se déclarant « prêts à contribuer aux efforts » nécessaires à la réouverture du détroit d’Ormuz.

Pour une voie d’apaisement et d’espoir.

Mais, bien qu’il soit utile, un pas n’est pas suffisant pour résoudre un tel conflit. Puisse-t-il bientôt permettre de rouvrir un chemin d’apaisement et d’espoir.

Or, même si Donald Trump a annoncé à différentes reprises que des négociations sont en cours, les contacts restent flous et le Premier ministre israélien continue d’affirmer qu’il faut mettre fin tant au programme nucléaire iranien et aux capacités balistiques du régime qu’aux multiples attaques du Hezbollah, auquel l’armée libanaise, officiellement garante de la souveraineté du Liban, n’a, en fait, pas les moyens d’imposer son autorité.

Israel a donc décidé d’occuper le Sud du Liban jusqu’au fleuve Litani pour sécuriser la région. L’avancée de Tsahal est plus rapide que l’offensive terrestre de l’automne 2024. Ses raids ont fait plus d’un millier de morts et provoqué le déplacement de près d’un million d’habitants. Depuis le drame du 7octobre 2023, jamais les forces de l’Etat hébreu n’ont été engagées en même temps sur autant de fronts : Iran, Liban, Gaza, Syrie, Cisjordanie.

L’Etat Libanais, qui voit se succéder les drames et Israel remettre en cause une frontière issue de l’accord Sykes-Picot, est encore trop affaibli pour imposer une solution. La France lui apporte son soutien en conseillant les dirigeants Libanais et en s’efforçant de cristalliser les volontés d’apaisement et de négociation tant israéliennes qu’américaines et libanaises ; mais pour parvenir à apaiser il faut que ce soutien soit renforcé tant au plan politique et diplomatique qu’au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU pour faire cesser la logique de riposte et la crise qui en résulte.

Ainsi se pose la véritable question : l’Europe, qui a renoncé à tout impérialisme, est face à elle-même. Saura-t-elle unir ses forces, dépasser ses doutes et embrasser son rôle dans l’histoire si utile à la paix mondiale fragilisée par différents autocrates ? Ou restera-t-elle un géant économique aux pieds politiques d’argile ?

« Nous pensons en Europe que nous sommes dans une période de crise. Mais nous sommes dans une période de choc » a expliqué le 25 mars l’Amiral Pierre Vandier, commandant suprême allié pour la Transformation, lors du Forum de Paris pour la Défense et la Stratégie (PDSF).

Tout se joue aujourd’hui, dans ce moment de vérité où les vents du monde soufflent plus fort et où les démocraties doivent, une fois encore, prouver qu’elles peuvent se défendre tout en restant fidèles aux valeurs qu’elles incarnent alors que la mondialisation, que l’on croyait porteuse d’un ordre plus intégré, révèle aujourd’hui ses fragilités et ses incertitudes.

Jean-Marie Dedeyan

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(1) Dans sa chronique du Figaro parue le 24 mars, Renaud Girard, qui fut l’invité d’EuroDéfense à l’automne dernier, souligne à juste titre que « Si, s’ajoutant à Israel, l’Iran devenait un pays doté de l’arme atomique, il serait immédiatement suivi par la Turquie, l’Égypte, l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis… Un jeu nucléaire au Moyen Orient serait extrêmement dangereux pour la paix dans le monde. ».

(2) Le porte-hélicoptères USS Tripoli, transportant environ 3 500 Marines et des moyens d’assaut amphibie, est arrivé au Moyen-Orient et dès à présent la 82e division aéroportée est prête à intervenir tandis que les états-majors américains étudient différentes options afin d’élargir le champ de réflexion et de décision du président des États-Unis.

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