« Cela suffit, Monsieur Trump ! »
« Cela suffit, Monsieur Trump ! Et si vous voulez vous retirer de l’OTAN, allez-y ! »
Par Cyrille Schott, ancien conseiller au cabinet du président François Mitterrand, préfet de région honoraire, ancien président de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (2014-2016). Il est membre du bureau d’EuroDéfense-France.
Publié sur La Tribune le 26 janvier 2026, dans la rubrique Opinion. Lien ci-dessous
Jusque-là, les Européens ont accepté les humiliations et tenté d’amadouer le maître du bureau ovale dans l’espoir de le maintenir dans l’alliance et l’appui à l’Ukraine, tout en s’organisant pour développer leur autonomie stratégique. Désormais, le temps est venu de dire : « Cela suffit, Monsieur Trump ! »
Donald Trump a menacé de prendre de force, à défaut de pouvoir l’acheter, un territoire de l’un des pays signataires du Traité de l’Atlantique Nord, de l’un de ses alliés les plus fidèles. Le Groenland est une partie constitutive du royaume de Danemark et ne veut pas se laisser annexer par les Etats-Unis. Le devoir des Européens et du Canada est de soutenir Groenland et Danemark et, à la demande de leurs gouvernements, d’envoyer des troupes sur place. Avec les instructions pour que le feu soit ouvert en cas d’opération militaire hostile. Il est permis de penser que Trump réfléchirait à deux fois avant d’en arriver à faire tirer sur des militaires de nations démocratiques amies et à risquer ainsi la vie de soldats américains. Il aime la force. Il faut lui opposer la force ! Aux dernières nouvelles, il aurait quelque peu levé le pied sur le sujet du Groenland. Cela n’enlève rien à l’analyse.
L'Europe, puissance commerciale
L’apaisement ne sert à rien face à des personnages de sa sorte. En septembre 1938, à Munich, les Britanniques et les Français ont courbé l’échine devant Hitler et ont laissé ôter à la Tchécoslovaquie une fraction de son territoire, les Sudètes, en espérant sauver, avec la paix, l’indépendance du pays amoindri. En mars 1939, les troupes allemandes sont entrées à Prague et Hitler a liquidé la Tchécoslovaquie. Les Sudètes n’avaient été que le premier plat de l’avalement du pays. Si les Européens, en espérant sauver l’appui américain à l’Ukraine, cèdent aujourd’hui sur le Groenland, ils ne feront qu’en autoriser la perte, pour, ensuite, voir Trump retirer son soutien, déjà très amoindri, à l’Ukraine. Ils auront tout perdu. Et lié le déshonneur à la honte ! Au plus grand bonheur du maître du Kremlin, soutien des visées de Trump sur le Groenland, image des siennes sur l’Ukraine.
Trump use des chantages sur les tarifs douaniers comme d’une arme. Ces chantages devraient enfin conduire l’Union européenne à user de sa puissance dans le champ commercial. Elle en a la capacité, à l’instar de la Chine. A condition évidemment d’en avoir la volonté, point sur lequel il faudra revenir. Quant à la sortie des Etats-Unis de l’OTAN, si angoissante pour maints de nos partenaires européens, celle-ci offrirait la chance de voir enfin naître une véritable défense européenne. Au regard des prises de position de Trump, il serait osé de croire en l’engagement américain, dans le cadre de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord, si la Russie agressait un autre de ses voisins. Que reste-t-il alors de l’OTAN ?
Vers une véritable défense européenne ?
Il faut avoir à l’esprit que le général américain qui occupe la fonction de SACEUR, de commandant suprême OTAN des forces alliées en Europe, est, en même temps, le commandant des forces des Etats-Unis en Europe. Ces deux commandements sont distincts et le général américain passe beaucoup plus de temps comme chef des forces américaines à Stuttgart que comme SACEUR à Bruxelles. En dehors pour l’essentiel d’avions AWACS de surveillance aérienne, l’OTAN ne dispose pas de moyens opérationnels propres. C’est une structure qui consiste en commandements et états-majors militaires, avec des planifications pour répondre aux menaces, avec des règles d’interopérabilité des armées alliées, qui a la capacité de coaliser efficacement les armées nationales face à une tentative d’agression.
Cette structure, au budget d’environ 4,6 milliards d’euros en 2025, n’est financée qu’à hauteur de 16% par les Etats-Unis, l’essentiel l’étant par les Européens et le Canada. En cas de départ des Etats-Unis de cette organisation, celle-ci pourrait être réinvestie par les Européens, qui disposeraient alors des états-majors, des commandements, des planifications, qui leur font défaut aujourd’hui. Ainsi pourrait naître la véritable défense européenne, entre les mains des Européens. Jusqu’à présent, Trump n’a pas montré de volonté de renoncer aux commandements de l’OTAN, ce qui représenterait une perte de puissance non négligeable pour les Américains. Cependant, si l’idée lui prenait d’en agiter la menace, pourquoi ne pas le prendre au mot ?
L’une de ses dernières agressions est celle de la présentation de ce « Conseil de la paix », qui ressemble fortement à un substitut des Nations Unies, placé sous sa présidence et sa domination, celles du « hooligan mondial », comme le journal allemand « die Zeit » [1] l’a qualifié récemment. La seule réponse sensée est le refus d’y adhérer.
Quelle volonté de l'Europe
Dans tout cela, apparait la question de la volonté des Européens. Nombre de pays alignent des « armées OTAN », celle d’Allemagne en étant le modèle, équipées largement de matériels, spécialement d’avions, américains. Ces nations jusqu’alors n’envisageaient leur défense, à travers l’OTAN, qu’avec l’appui américain. La perspective du retrait de celui-ci les désarçonne, jusqu’à refuser de considérer la dure vérité. Tout en étant un fidèle allié occidental et un membre éminent de l’Union européenne, la France cultive, au moins depuis le général de Gaulle, une tradition de souveraineté nationale et a construit une défense, y compris nucléaire, indépendante.
C’est elle qui a porté sur la scène européenne l’idée d’autonomie stratégique. Le Président Macron s’est inscrit avec courage dans cette tradition. Quitte à embarrasser, voire à irriter, des partenaires dont la pensée reste à « décoloniser », la France, avec des alliés comme le Canada, doit continuer à élever sa voix, celle de la résistance contre des agressions insupportables venant du chef d’un État, qui nous doit en belle partie son indépendance et qui se dit notre ami.
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[1] « Der globale Hooligan », Die Zeit, 8 janvier 2026.
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